Un autre regard sur l’information !

William, le Québécois et Nathalie, la Normande

Avant de raconter le parcours de William, il convient de mettre le lecteur en garde contre des confusions possibles concernant certaines précisions topographiques :

En effet, le héros de cette histoire est né à  Joliette, non dans le 2ème arrondissement de Marseille proche du vieux port mais dans une ville québécoise du même nom, située au nord-est de Montréal et comptant un peu moins de 20 000 habitants.
D’autre part, si, pour la plupart des habitants du vieux continent, l’Assomption est la fête religieuse en l’honneur de la Vierge Marie, pour William c’est plutôt la rivière qui traverse sa ville et le long de laquelle il fait régulièrement du vélo sur les pistes cyclables qui totalisent plus de 20 km.

Enfin, le grand-père maternel de William réside à  Laval, agglomération de plus de 300 000 habitants dans la banlieue nord-ouest de Montréal, jumelée avec sa modeste soeur française de la Mayenne.

Né de père inconnu, William est élevé par Léa, sa mère, mais ignoré par son grand-père, ancien militaire et inconditionnel du catéchisme enseigné au début du 20ème siècle, scandalisé par le comportement de sa fille jugée coupable de s’être égarée du droit chemin et donc vouée au châtiment éternel de l’enfer. Il est resté sourd aux supplications de sa trop soumise épouse, morte d’une tumeur maligne aggravée par le chagrin de ne jamais pouvoir câliner son petit-fils.
Toutefois, quelques années plus tard, le comportement de notre adjuc (adjudant-chef) change radicalement à  la lecture d’une lettre en provenance de Joliette et dans laquelle William lui annonce, qu’à  l’occasion de son neuvième anniversaire, Frank, son meilleur copain, l’a fortement incité à  l’accompagner au catéchisme en vue de faire sa communion solennelle avec lui. Le post-scriptum le laisse perplexe :

« Tu peux me répondre à  notre adresse ; maman n’en saura rien, c’est moi qui retire le courrier de la boîte. »

La vue brouillée par l’émotion, l’esprit chamboulé par l’initiative de son petit-fils qui ne l’a jamais vu, le vieux militaire prend soudain conscience de la cruelle stupidité de ses jugements à  l’emporte-pièce et de sa part de responsabilité dans la mort prématurée de sa femme. Le soir même, il se rend à  l’église pour demander à  Dieu de l’aider à  prendre une
décision inenvisageable la veille.

Dans la paroisse de William, le catéchisme est assuré par le père Dylan, un vicaire d’une trentaine d’années, enjoué et dynamique et qui, dans l’idée de Léa, peut apporter à  son fils l’assistance virile dont il est privé depuis sa naissance. Elle se réjouit en particulier du rôle de répétiteur que le prêtre se propose d’assumer bénévolement deux ou trois fois par semaine, à  condition que les cours soient donnés au presbytère distant d’environ deux kilomètres. Double aubaine pour William qui adore faire du vélo et qui trouve ainsi l’occasion d’améliorer suffisamment son expression écrite pour rédiger, en cachette, la lettre à  son
grand-père dont il eut la réponse, deux jours après :

Mon petit Willy,
Ta lettre m’a profondément touché ; indique-moi la date à  laquelle tu feras ta première communion, je serai très heureux d’y participer. J’ai hâte de te connaître. Je te
donne un gros bec et fais-en un à  ta maman pour moi. Ton grand-père.
Quelques semaines après, rentrée un soir plus tôt de la clinique privée o๠elle est hôtesse d’accueil, Léa s’étonne de voir son fils en train de faire ses devoirs alors qu’il aurait
dà» être au presbytère pour son cours de rattrapage.

« J’avais mal à  la tête ¦ J’ai préféré rester à  la maison ¦ j’ai prévenu le père Dylan ¦.Ne t’inquiète pas, ça va mieux. »
Pour s’en assurer, Léa pose les lèvres sur le front de son fils qui, effectivement, lui paraît d’une température normale.
Mais le lendemain ¦ coup de théâtre ! Elle reçoit à  la clinique un appel téléphonique de la mère de Frank, son copain de communion, qui s’étonne de ne pas avoir vu William à  la dernière séance de catéchisme et qui craint de le savoir souffrant.

Intriguée, inquiète, Léa, au cours du souper, questionne William qui reste muet durant de longues secondes, les lèvres mordues et le regard perdu avant de se réfugier en larmes dans les bras de sa mère.
Par bribes, d’une voix entrecoupée de hoquets, il réussit à  lui révéler l’incroyable réalité : La dernière fois qu’il s’est rendu au presbytère, le Père Dylan lui a dit qu’il n’avait guère le temps de lui donner son cours parce qu’il devait ranger une pièce en désordre oà¹, depuis plusieurs mois, il avait accumulé des dizaines de documents, des dossiers, des journaux, des livres, tous plus poussiéreux les uns que les autres et divers objets contenus dans une malle en osier. Naturellement, il lui avait demandé son aide. Après cette corvée fastidieuse, ils étaient tous les deux sales et en transpiration. C’est alors que le père l’a invité à  prendre une douche avant qu’il ne rentre chez lui ¦et ¦
Et ?¦ interroge sa mère, d’une voix étranglée ¦
« Alors, le père est entré dans la cabine pour prendre sa douche avec moi¦ »
William en larmes se précipita dans sa chambre.

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