Un autre regard sur l’information !

L’enfant du risque

Résumé des épisodes précédents :
Agnès, enceinte après avoir été violée par un inconnu, décide de garder l’enfant. Henri Bergeron, bottier près de Falaise, lui fait la cour sans connaître son état. Elle lui demande de ne plus chercher à  la voir. Cinq mois ont passé. Louise, la grand-mère maternelle d’Agnès vient de mourir. Au cimetière, Agnès revoit Henri Bergeron qui a véhiculé ses parents en panne de voiture. Madame Duval, la mère d’Agnès, se rend compte avec stupeur que sa fille est enceinte.

Follement amoureux d’Agnès, Henri avait eu du mal à  cacher son désappointement de remarquer son embonpoint, tellement significatif. Il comprenait maintenant sa décision de ne plus le rencontrer. Toutefois, il restait hanté par une série d’interrogations : ç’aurait été si simple pour elle de lui dire la vérité, elle avait un fiancé ou un amant ¦c’était son droit, c’était sa vie. Mais pourquoi le futur père n’a-t-il pas assisté aux obsèques ? Et pourquoi les Duval n’ont-ils jamais évoqué devant lui leur joie d’être prochainement grands-parents ? Autant de questions restées sans réponse !

De leur côté, les Duval étaient accablés : ils regrettaient leur réaction le jour o๠Agnès leur avait annoncé son intention de devenir médecin du travail. Sa décision en effet était doublement catastrophique pour eux. D’une part, ils ne pouvaient plus compter sur elle pour prendre leur succession ; d’autre part, en devenant médecin du travail, elle serait déontologiquement tenue de dénoncer la direction de la tannerie auprès du Ministère de la Santé pour laisser ses ouvriers inhaler des odeurs nauséabondes et nocives à  longueur de journée. Elle mettrait ainsi l’entreprise en difficultés techniques et financières, en provoquerait peut-être la fermeture et, par ricochet, contraindrait les artisans du cuir à  s’approvisionner ailleurs et même à  l’étranger ! En tant que parents de cette femme médecin, ils deviendraient les auteurs de leurs propres difficultés et de celles de leurs fournisseurs ! Alors, pour dissuader Agnès de s’inscrire à  la Faculté de médecine, ils l’avaient menacée de lui couper les vivres, mais Madame Duval n’avait pas prévu que sa propre mère paierait les études de sa petite-fille qui, du même coup, déciderait de ne plus les voir !

La mort de Louise allait-elle les rapprocher ? Sans arrière-pensée, Madame Duval écrivit à  sa fille pour lui proposer de subvenir désormais à  tous ses besoins. Sa réponse la réfrigéra : le compte que sa grand-mère lui avait ouvert lui permettait d’être indépendante jusqu’à  l’obtention de son diplôme !

Un souci d’une toute autre nature taraudait les Duval : qui était le père de cet enfant ?

Leur fille était-elle rancunière au point de ne pas leur annoncer tout simplement qu’elle avait rencontré quelqu’un ?

« Et si c’était Henri Bergeron ? suggéra Madame Duval qui ne trouvait pas le sommeil, stoppant du même coup le ronflement de son mari.
– Mais non, ils ne se connaissent que depuis cinq mois !
– Justement, c’est suffisant. Rappelle-toi son regard devant la photo d’Agnès ! »

Pour en avoir le coeur net, ils invitent le jeune homme à  déjeuner en remerciement du service qu’il leur a rendu le jour de l’enterrement. A force de tourner autour du pot, de circonlocutions et de sous-entendus, ils réussissent à  savoir la vérité : Oui, il était amoureux de leur fille mais son amour n’était malheureusement pas réciproque ! Il en était tellement amoureux qu’il l’épouserait même si elle avait eu plusieurs partenaires occasionnels sans savoir auquel attribuer la paternité ou encore, si son compagnon attitré l’avait abandonnée dès qu’il l’a su enceinte !

« Qu’est-ce qui vous autorise à  émettre cette dernière hypothèse ?
– Chaque fois que j’ai vu votre fille, elle était avec une amie, une certaine Sylvie. Si
elle avait un petit ami, il l’aurait accompagnée !
– Vous n’avez peut-être pas tort ¦
– Comment m’y prendre pour la revoir ?
– Ecrivez-lui que c’est nous qui vous l’avons demandé, que nous nous faisons du souci pour elle et que nous l’aimons telle qu’ elle est. »

Après avoir lu la lettre d’Henri dans laquelle il se présente un peu comme l’ambassadeur de ses parents, Agnès, consciente de leur chagrin et surtout en souvenir de sa grand-mère qui la suppliait souvent de renouer le dialogue avec eux, consent à  le rencontrer de nouveau.

Comment allait-il lui parler du bébé ? – Contrairement à  ce que peut-être elle imaginait, ses parents désiraient ardemment le connaître, l’embrasser, le prendre dans leurs bras et rattraper le retard de tendresse que stupidement ils n’avaient pas donné à  sa maman.

Malgré la détermination dont elle avait fait preuve jusque-là  de ne pas divulguer le secret de son état, Agnès fond en larmes, victime d’une émotion trop forte à  réprimer.
Bouleversé, Henri se lève pour l’embrasser. Surprise par cette marque de sympathie, elle va lui révéler l’innommable, son refus de porter plainte pour épargner sa grand-mère, sa volonté d’avorter finalement suivie de sa décision de protéger sa vie et celle d’un bébé conçu par un dangereux inconnu mais qui, malgré elle, est devenu la chair de sa chair.

« Accepteriez-vous que je sois son parrain ? » murmura-t-il spontanément.
Interloquée, Agnès réussit à  balbutier :
« Mais je n’ai pas du tout envisagé de le faire baptiser¦ Vous êtes croyant ?
– Oui et souvent pratiquant. Je suis le premier surpris de vous avoir fait cette
proposition qui m’est subitement venue à  l’idée. Je me demande si ce n’est pas votre grand-mère qui me l’a inspirée ¦
– Parce qu’ en plus vous croyez à  la vie au-delà  de la mort ?
– Pour moi, c’est une évidence. Je sens toujours en moi la présence de mes parents morts en 44 sous les bombardements de Falaise alors que j’étais à  l’abri près d’Alençon chez la soeur de ma mère qui m’a élevé. Depuis ce temps, je crois à  l’éternité de la vie. »

Henri faillit lui ajouter que plutôt que d’être le parrain de son bébé, il accepterait avec joie d’en être le père adoptif. Cependant, il jugea préférable d’attendre le moment opportun.

Après deux heures de discussion, elle accepta qu’il révèle la vérité à  ses parents et lui ajouta : « Nous pourrions peut-être nous revoir ! »

Fou de joie, il l’embrassa sur les deux joues. Agnès, émue, lui rendit son baiser.

A suivre

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