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IRAN : Israà«l prêt à  dégainer avec Bush

Plus on s’approche de l’élection présidentielle américaine, et plus la lutte entre les deux options possibles en Iran (militaire et diplomatique) devient serrée. Des officiels israéliens – comme récemment Ehoud Barak, ministre de la défense – disent que si l’Iran ne cède pas (sur la question de l’enrichissement de l’uranium), ils pourront employer tous les moyens, y compris la force.

Le président Sarkozy, lors du sommet de Damas, a été clair sur la détermination israélienne, en déclarant que  » L’Iran prend un risque majeur à  continuer le processus d’obtention du nucléaire militaire – ce qui est notre certitude – parce qu’un jour, quel que soit le gouvernement israélien, on peut se retrouver un matin avec Israà«l qui a
frappé « .

La guerre de Géorgie a eu un effet : dévoiler un plan d’attaque israélien. Le journaliste d’investigation étasunien Brian Harring a révélé que les forces russes ont, lors de leur contre-offensive (après l’attaque meurtrière géorgienne en Ossétie du sud), saisi un document en hébreu, décrivant un scénario d’attaque de l’Iran par les forces aériennes israéliennes à  partir de la Géorgie, ce qui aurait évité le survol – impossible pour eux – de l’Irak, et qui, de plus aurait réduit le trajet (1149 km au lieu de 1600 depuis Tel Aviv). Plus surprenant : le scénario prévoyait que les avions israéliens auraient reçu des emblèmes des états-Unis, à  la peinture à  l’eau, pour le temps de l’opération… Un tel scénario correspond à  un autre du même type, élaboré en 2006, avec l’accord de Bush.

La récente aventure militaire ratée de l’armée géorgienne en Ossétie du Sud pourrait avoir une conséquence : les états-Unis feraient peut-être eux mêmes le  » travail « , les conséquences politiques dans la région d’une action israélienne ne pouvant être que négatives. Toute action israélienne, actuellement, est bloquée : les à‰tats-Unis ont dès juin dernier, et à  nouveau en aoà»t, dissuadé Israà«l d’attaquer l’Iran, estimant improbable qu’une telle opération soit couronnée de succès.
Du côté des états-Unis, même si l’opposition de l’Etat Major à  une nouvelle aventure militaire au Proche Orient est connue, l’option militaire est toujours préparée. Il y a eu une manoeuvre navale massive sur le thème d’une action contre l’Iran, à  partir du 21 juillet, impliquant 12 navires, dont 2 porte-avions US et un britannique, le sous-marin français Améthyste et une frégate brésilienne.

Le Congrès (Chambre et Sénat) doit ce mois-ci discuter de résolutions invitant le président Bush à   » augmenter immédiatement et considérablement  » la pression sur l’Iran : par l’embargo sur les produits raffinés pétroliers (la capacité de raffinage de l’Iran ne couvre pas ses besoins en essence, et il doit en importer), et par l’embargo sur les opérations bancaires. L’adoption de ce texte serait un acte de guerre.

L’autre option : la diplomatie

L’autre option c’est évidemment la diplomatie et la négociation. C’est elle qui est officiellement privilégiée, c’est en leur nom que l’action israélienne a été refusée par les autorité étasuniennes, c’est en son nom que Javier Solana a déclaré que pour l’Europe il n’y avait  » pas d’autre voie  » que la diplomatie. C’est d’ailleurs dans ce cadre que pour la première fois, le numéro trois du département d’à‰tat, William Burns, assiste aux négociations entre l’Union Européenne et l’Iran, sans en principe y prendre part.

Le problème dans ces négociations… c’est que pour les états-Unis, il n’y a pas à  négocier sur la question du droit pour l’Iran de procéder à  l’enrichissement de l’uranium : les états-Unis considèrent que ce processus est destiné forcément à  produire des armes nucléaires. Alors que pour l’Iran, c’est un droit, dans le cadre du nucléaire civil, droit d’ailleurs reconnu par le traité de non-prolifération nucléaire, dont l’Iran est signataire. La participation des à‰tats-Unis à  des négociations sur de telles bases n’est-elle pas une manoeuvre pour rendre ensuite la guerre légitime, en disant  » vous voyez bien, on a essayé  » ? Que se passera-t-il demain si la résolution sur l’embargo était votée ? Il paraît clair qu’une attaque de l’Iran serait une catastrophe, pour l’Iran d’abord mais aussi pour Israà«l et les états-Unis, car l’Iran, comme le Hezbollah au Liban, peut se défendre. En fait, pour l’Iran, ce dont il s’agit, c’est du droit à  se faire reconnaître comme une puissance régionale, comme son développement économique, son haut niveau d’éducation (un des succès de la révolution islamique, y compris pour les femmes) l’y autoriseraient. Or, force est de constater qu’il existe un dialogue de sourds car il y a un volontaire travestissement par les puissances occidentales de la position iranienne “ droit inaliénable à  l’enrichissement pour le nucléaire civil, pas de nucléaire militaire “. Si les vrais enjeux de cette crise étaient mis sur la table, et connus de tous, elle ne se poserait même pas. Le problème est qu’on est ni aux états-Unis, ni en Israà«l, ni bientôt chez nous, dans cette situation : les médias sont influencés par le pouvoir et les lobbies, et ceux-ci peuvent y faire passer les mensonges qu’ils veulent, sans réelle réaction. C’est ce qui s’est passé lors du déclenchement de la guerre en Irak, avec les affirmations fausses sur les armes de destruction massives, ou sur les liens entre l’Irak et Al Quaïda.

Daniel Hofnung

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