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L’Afrique des Grands Lacs en danger

Depuis plus de dix ans, près de 5.4 millions de personnes ont trouvé la mort dans la guerre civile qui entâche la République démocratique du Congo. Ce œbourbier africain est alimenté par une guerre économique entre compagnies étrangères (Chine, USA, France…) pour le contrôle des richesses naturelles qui foisonnent dans ce pays. Analyse sur les origines méconnues de ce conflit.

Pour comprendre la genèse de la situation dramatique qui prévaut dans cette région de l’Afrique, il faut remonter en aoà»t 1994. On se souviendra que cette région de l’Afrique fut marquée par la déroute des Forces Armées Rwandaises (F.A.R) qui venaient de commettre un génocide contre les Tutsi, et qui fit plus d’un million de morts en trois mois au Rwanda. Après leur défaite militaire, ces génocidaires se replièrent à  l’Est de la R.D.C, en poussant avec eux environ deux millions de Rwandais. Parmi ces réfugiés, se trouvaient un grand nombre de miliciens génocidaires. La R.D.C ou ex-Zaïre était alors une dictature dirigée par le maréchal Mobutu. Ce dernier ne cachait pas d’ailleurs sa volonté d’aider ses hôtes criminels à  renverser par la force le nouveau gouvernement qui venait de s’installer à  Kigali. En 1996, le Rwanda soutint une rébellion congolaise armée, qui renversa le régime de Mobutu et mit en place un nouveau gouvernement dirigé par Laurent Désiré Kabila. Ce dernier s’était accordé avec ses alliés rwandais qui l’avaient aidé à  renverser Mobutu, de neutraliser les anciennes forces génocidaires, qui menaçaient la sécurité du Rwanda. à€ l’issu de cette guerre, la majorité des paysans rwandais qui avaient trouvé refuge dans l’Est de la R.D.C retournèrent au Rwanda, fuyant les combats. Quant aux militaires et miliciens génocidaires, la plupart d’entre eux restèrent sur place et ils créèrent une nouvelle organisation baptisée : Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (F.D.L.R). La promesse de coopération entre L.D.Kabila et le gouvernement rwandais ne fut jamais respectée. Bien au contraire, les forces génocidaires eurent suffisamment de liberté de mouvement, si bien qu’ils commencèrent à  lancer très rapidement des attaques contre le Rwanda, en se servant du territoire congolais comme base arrière. Cette guerre a été arrêtée finalement grâce aux pourparlers diplomatiques sous la médiation Sud-Africaine. L’accord conclu exigeait notamment le retrait de toutes les forces étrangères du territoire Congolais. Entre temps, le président Laurent Désiré Kabila fut assassiné par son garde du corps et remplacé par son fils Joseph Kabila, l’actuel président de la R.D.C.

Les ex-génocidaires, une épine dans le pied de la R.D.C

Après leur arrivée dans cette région, les génocidaires rwandais commencèrent à  massacrer les Tutsi congolais, comme ils l’avaient fait au Rwanda en 1994. Les Banyamulenge* demandèrent au gouvernement congolais de les protéger, mais en vain. En 2005, le général Laurent Nkunda (originaire de la région) et des troupes qui lui restèrent fidèles décidèrent de déserter l’armée congolaise, pour aller défendre les Tutsi congolais de l’Est. Ce groupe de militaires dissidents, à  l’origine engagé à  l’autodéfense, se transforma finalement en un mouvement rebelle, le Congrès National pour la Défense du Peuple (C.N.D.P). Au lieu de chercher la solution durable à  l’insécurité dont était victime sa population de l’Est, le gouvernement de Kinshasa décida de combattre le C.N.D.P, qui était le principal mouvement rebelle. Pour y parvenir, il noua une alliance avec quelques factions armées (dont le F.D.L.R) en leur fournissant armes et munitions. Cette tactique n’ayant pas fonctionné, il organisa une conférence à  Goma qui aboutit à  la signature de l’accord « Amani » en vertu duquel tous les groupes armés s’engagèrent à  déposer les armes. En contrepartie, le gouvernement leur offrit de les enrôler dans l’armée nationale. A deux reprises, les Forces Armées Congolaises (FARDC) furent mises en déroute par le C.N.D.P très aguerri. Plutôt que d’aborder le fond du problème, le gouvernement de Kabila attribue la défaite de son armée au soutien de Kigali, dont bénéficieraient les hommes de Laurent Nkunda. Ce dernier exige désormais des pourparlers directs avec le gouvernement central de Kinshasa. Face à  l’intransigeance du gouvernement de Kabila, le chef rebelle a décidé de passer à  l’offensive. Aux dernières nouvelles, les rebelles contrôlent une grande partie de toute la région ainsi que les alentours de la ville de Goma, la principale ville de l’Est de la R.D.C. L’armée nationale congolaise a déserté cette ville, et le C.N.D.P a décrété un cessez-le feu unilatéral pour qu’une aide humanitaire soit acheminée à  la population civile.

L’aspect voilé de ce conflit

Quant aux occidentaux qui crient haro devant la détérioration de la situation humanitaire, pour certains africains, ces lamentations ne sont que des larmes de crocodiles ! En effet, on sait que des compagnies peu scrupuleuses trouvent, dans ces affrontements qui secouent le Nord-Kivu, un marché très lucratif dans la vente d’armement et l’exploitation des richesses naturelles. Ainsi en vertu d’un accord bilatéral, la France aurait signé un contrat pour former et équiper la nouvelle armée congolaise, tout en assurant un soutien total à  Kinshasa dans le conflit au Nord-Kivu. Dans cette équation financière, la population civile a peu de place. La vie des Congolais ne pèse pas assez lourd dans la balance des intérêts défendus par ces compagnies et dans les aternoiements du pouvoir en place à  Kinshasa..

Jean-Claude Ngabonziza

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