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L’Europe et la crise : éclatement ou renforcement ?

La crise financière est née aux Etats-Unis à  partir de l’affaire des subprimes, ce système de prêt pour l’accès au logement offert à  des populations insolvables pendant les années 2002-2006 dans l’euphorie de la croissance économique et avec des méthodes de marketing manipulatrices, à  la limite de l’escroquerie. Avec le renversement de la conjoncture, les crédits hypothécaires consentis, disséminés dans des produits financiers complexes et opaques, ont engendré une crise du système bancaire, avec une douzaine de banques et de sociétés d’assurances américaines en faillite, rachetées ou soutenues avec l’intervention massive du gouvernement.

Née aux Etats-Unis, la crise s’est étendue ensuite à  l’Europe. L’évidence en est apparue au dernier jour du mois de septembre, lorsque le gouvernement irlandais met en place une garantie de deux ans sur les dépôts des six grandes banques du pays. Sont ainsi engagés 400 milliards d’Euros, soit environ deux fois la valeur du PIB du pays. Puis le 1er octobre, le Parlement vote une garantie illimitée de tous les dépôts des banques. Scandalisée, l’association des banquiers britanniques dénonce une situation de concurrence déloyale : en effet, par cette mesure unilatérale, les banques anglaises en Irlande du Nord sont mises en situation de désavantage compétitif. Les déposants sont incités à  quitter les banques britanniques pour se réfugier dans des banques irlandaises inconditionnellement soutenues par leur pouvoir politique, à  la différence de celles d’une Cité de Londres ouverte à  tous les vents du libéralisme financier.

Ce comportement témoignait de l’égoïsme de l’Irlande. Ingrate pour avoir répondu négativement au traité simplifié de constitution européenne, après avoir tant bénéficié de la solidarité de la Communauté pour lui permettre d’accéder à  l’opulence, elle refusait l’appel du président de l’Europe, l’intérimaire français Nicolas Sarkozy, en faveur d’une réponse commune et coordonnée au défi de la crise financière. La chancelière allemande, Angela Merkel en tira immédiatement la conclusion : chaque pays devait trouver ses propres réponses nationales à  la crise, en fonction de ses particularismes (en Allemagne, notamment la structure fédérale).

Sarkozy, une réponse commune à  la crise

Le 6 octobre, le ministère allemand des Finances doit voler au secours de l’Hypo Real Estate, la première banque hypothécaire du pays qui menace de succomber à  son tour à  la crise des subprimes. La chancelière prend un virage à  180 degrés et se rallie au plan Sarkozy de réponse commune à  la crise. Le contenu de cette réponse est imaginé par le Premier ministre britannique Gordon Brown : le soutien ne doit pas porter d’abord sur l’assurance donnée aux déposants des banques, mais au crédit interbancaire, car le manque de confiance le plus important se manifeste entre les banques elles-mêmes qui ne se prêtent plus entre elles dans l’ignorance réciproque de leur situation réelle, ce qui bloque tout octroi de crédit aux entreprises, comme aux particuliers.

Fort de son expérience de chancelier de l’Echiquier pendant les dix années du gouvernement de Tony Blair, le Britannique soutien l’appel de Sarkozy, car il a compris le message caché de l’attitude irlandaise, qui réside moins dans les rancoeurs issues des rapports historiques détestables entre les deux pays, que dans la révélation de la supériorité de l’Euro sur la Livre sterling. Le 30 octobre, la scène s’achève par la rencontre à  Londres d’Angela Merkel et de Gordon Brown qui s’accordent sur des perspectives européennes communes, sans oublier l’aide aux pays d’Europe de l’Est qui pourraient être les prochaines victimes d’une crise dont le caractère systémique apparaît avec de plus en plus d’évidence.

Le pire est à  venir

Les défauts de Nicolas Sarkozy sont si éclatants, que l’on peut reconnaître sans difficulté la réactivité et le courage dont il a fait preuve, dans le conflit géorgien d’abord, mais aussi face à  l’Europe contaminée par la crise américaine. Mais, dans cette dernière affaire, on constate que la question de la constitution européenne qui a empoisonné les rapports internes à  l’intérieur de la Communauté est fortement relativisée par l’exercice d’une volonté politique face à  la gravité d’une situation jusque-là  mal analysée.

Dans un ouvrage publié en mai 2008, c’est-à -dire bien avant la survenue de ces derniers évènements, le spécialiste de recherche financière Patrick Artus avait annoncé que le pire est à  venir. Parmi ce pire, il y a l’éclatement de l’Europe, faute de fédéralisme fiscal et social et à  cause des divergences entre les politiques économiques nationales. Cette perspective est loin d’être écartée. Cependant la possibilité d’une réponse européenne à  la crise demeure ouverte, même si les regards se tournent désormais vers le nouvel élu à  la Maison Blanche, Barak Obama, président du pays qui est à  l’origine de la crise.

Hugues Puel

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