Un autre regard sur l’information !

Sarkozy au risque des libertés publiques

Réduction du droit d’amendement à  l’Assemblée nationale, nomination du président de l’Audiovisuel public par le chef de l’Etat, volonté de Nicolas Sarkozy de faire sauter les seuils anti-concentration dans les médias, suppression du juge d’instruction, hauts fonctionnaires limogés en quatrième vitesse, etc. Autant d’actes qui ne sont pas anodins et qui constituent des régressions démocratiques dans des domaines cruciaux. Et comme si tout cela ne suffisait pas, depuis quelque temps « sécurité intérieure » rime de plus en plus mal avec « liberté publique ».

Depuis l’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy, quatre lois sur la sécurité ont été votées : en aoà»t 2007 ; la loi sur la récidive qui a instauré des peines plancher, en novembre 2007 ; la loi sur la maîtrise de l’immigration instituant des tests ADN pour les candidats au regroupement familial, en février 2008 ; celle très controversée sur la rétention de sà»reté et en juin 2008 la loi sur les mesures de protection contre les chiens dangereux.

Déjà , entre 2002 et 2007, l’hyperactif ministre de l’Intérieur des gouvernements Raffarin puis Villepin avait fait voter onze textes de loi sécuritaire. Dans la même période, selon l’Observatoire national de la délinquance (organisme indépendant créé en 2003), la délinquance générale avait baissé de 9,44 % mais les violences physiques dites non crapuleuses contre les personnes avaient augmenté de 46 %. Ce renforcement impressionnant de l’arsenal judiciaire et policier n’est pas sans conséquence.
Entre 2001 et 2008, les incarcérations ont progressé de 34 %. Entre 2003 et 2008, le nombre de personnes placées en centre de rétention administrative a augmenté de 23 %. En 2008, 33 900 000 personnes étaient fichées au principal fichier de police, le STIC (Système de traitement des infractions constatées).
En 2008, 1 % de la population (577 816 personnes) a subi une garde à  vue. En huit ans, le nombre de personnes placées sous ce régime de rétention limitée a bondi de 55 %. Les militants associatifs et syndicaux ainsi que les journalistes sont particulièrement visés. Un collectif1 s’est créé en juillet 2008 pour dénoncer l’utilisation abusive du délit d’outrage et demander sa dépénalisation. Des personnes lambda sont également retenues dans les locaux de la police pour des motifs très variés. Les mésaventures suivantes arrivées à  des citoyens ordinaires illustrent cette triste réalité.

Une banalisation des gardes à  vue

A Paris, le 18 septembre 2008, un artiste peintre de 78 ans a passé 10 heures en garde à  vue après avoir « légèrement » roulé avec son véhicule sur le pied d’une fillette de huit ans. L’automobiliste s’était aussitôt arrêté, était descendu de son véhicule et avait rejoint la petite fille en attendant l’arrivée des pompiers qui ont conduit la victime à  l’hôpital o๠les médecins ont constaté que l’enfant ne souffrait que d’un simple hématome.

Resté sur les lieux, l’homme a été embarqué par les policiers intervenus sur réquisition du magistrat du Parquet de Paris. Il a répondu aux questions des enquêteurs jusqu’à  2 heures du matin et a subi un dépistage d’alcoolémie et de drogue. Tous deux se sont révélés négatifs. L’homme, surpris de l’ampleur prise par cette affaire, a appris que l’enfant n’était autre que la fille de la demi-soeur du chef de l’à‰tat. « J’ai bien compris que je n’avais pas roulé sur n’importe qui, mais dix heures de garde à  vue pour ça, ça me semble assez absurde », a raconté l’automobiliste abasourdi, à  sa sortie de garde à  vue.
Cela suffira-il à  arrêter ce moyen de contrainte qui semble lancé aujourd’hui à  toute vitesse ? Pas certain au vu de cette bavure commise le 27 janvier dernier. Un médecin urgentiste diplômé (d’origine congolaise) qui intervenait avec une équipe du SAMU pour sauver un homme (en garde à  vue) au commissariat de Château-Thierry (51) a été retenu par le commissaire et empêché de réanimer le malade. Ce n’est qu’après discussions avec le directeur de l’hôpital et le chef du service de réanimation venus sur place que le commissaire a accepté de « libérer » le docteur et de transporter le malade à  l’hôpital.

Un autoritarisme compulsif

En matière de haute administration, le président Sarkozy fait preuve d’un certain zèle. En septembre 2008, il limoge le patron de la sécurité publique en Corse après l’envahissement par des nationalistes de la propriété de son ami Christian Clavier. On a connu toutefois un Nicolas Sarkozy moins sévère lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Quand entre janvier et avril 2006, 43 attentats ont été commis contre des résidences immobilières en Corse du Sud (une moyenne de deux et demi par semaine !), Nicolas Sarkozy faisait preuve de beaucoup plus de discrétion.
La culture du résultat et de l’efficacité n’est donc pas une obsession chez lui et dans un sens cela nous rassure. Enfin pas trop¦ car en janvier 2009, il a récidivé, c’est le préfet de la Manche suivi du directeur de la police qui cette fois-ci ont été limogés. Motif : manif trop turbulente lors du déplacement présidentiel du 12 janvier à  Saint-Lô. Ce qui fait peur chez Nicolas Sarkozy, c’est encore moins la politique liberticide qu’il mène, que la passivité des citoyens français et l’impuissance des corps intermédiaires face à  ce qui s’apparente à  des abus de pouvoir.

François Belloir
1. le Codedo – https://codedo.blogspot.com/

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À la suite de Jean ?

Année A. 2ème Dimanche de l’Avent, Mt 3, 1-12 Une soudure tardive entre deux personnages Des éléments dont nous disposons sur le personnage de Jean le Baptiste (peu précis et parfois contradictoires), il ressort que Jean et Jésus sont vraisemblablement

Lire la suite »

Euphémie

C’est une tendance naturelle de l’esprit humain, qui ne se satisfait pas de la vision normale, factuelle des choses, qu’elle recouvre pour s’en protéger d’un voile embellissant. Mais cette intention consolatrice ne doit pas faire oublier la falsification du réel,

Lire la suite »
Europe

Europe : l’immigration inéluctable

Selon les projections officielles d’Eurostat, la population de l’Union européenne diminuera d’environ 9 % d’ici à 2050 par rapport à 2025 si les migrations cessent totalement. Le déclin devrait se poursuivre au cours des décennies suivantes, pour atteindre 23 %

Lire la suite »
Economie

Le monde des petites fermes en crise

Selon Terre de liens, 40 000 petites fermes ont disparu en France ces trois dernières années. La cartographie établie traduit « un véritable plan social à bas bruit » selon Coline Sovran, chargée de plaidoyer de l’association. Ce qui favorise

Lire la suite »
Inégalités

Trente ans de fabrication de la pauvreté

Le Secours catholique décrit l’intensification de la pauvreté en France dans son 30e rapport sur la question. Celle-ci frappe d’abord les mères seules, les enfants, les ressortissants étrangers et les malades. Le résultat de politiques qui fabriquent cette pauvreté. Pour

Lire la suite »
Follow us on Social Media