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Angélisme

Une députée, pédiatre de profession, vient d’annoncer son intention de déposer un projet de loi visant à  interdire la fessée, au motif que « plus on lève
la main sur un enfant, plus il devient agressif ». Je vois là  un signe type d’angélisme, c’est-à -dire de tendance à  vouloir à  tout prix améliorer toutes choses et en tout domaine, sans aucun égard à  la moindre considération réaliste.

Il ne s’agit pas bien sà»r d’autoriser les châtiments corporels dans l’espace public, à  l’école par exemple : tout le monde s’entendra pour les interdire, car au châtiment physique s’ajoute l’humiliation morale, sans doute encore plus grave à  supporter, d’être puni devant tout le monde. Il ne s’agit pas non plus d’autoriser tout châtiment corporel, car il faut toujours, en ce cas comme dans les autres, garder mesure : d’ailleurs les châtiments excessifs sont déjà  punis par la loi, qui prévoit de sanctionner la maltraitance dont sont victimes les enfants. Mais enfin que viendrait faire une loi qui s’immiscerait dans l’espace privé de la famille, qui se mêlerait de donner des normes en matière d’éducation, et qui déresponsabiliserait les parents ?

Le but bien sà»r est louable, mais procède du plus grand idéalisme. Sans aller jusqu’à  dire que l’enfant est, selon la formule de Freud, un « pervers polymorphe », force est bien de reconnaître qu’il pousse parfois volontairement ses parents à  bout, pour savoir jusqu’o๠il peut aller dans le défi. C’est un combat qui se joue : on ne se pose qu’en s’opposant. Je dirai même que l’enfant cherche la réaction parentale, et qu’il en a besoin pour se structurer. Il demande, involontairement sans doute, qu’on lui notifie une limite. Si ce peut être une fessée, bien sà»r modérée et exceptionnelle, quand les mots ne servent plus à  rien, pourquoi pas ? Sans doute plus tard nous en sera-t-il reconnaissant. Sinon, il risque de souffrir de ne pas avoir été encadré : tout jeune arbre a besoin d’un tuteur sur lequel s’appuyer, pour ne pas être déraciné.

Là  est le réalisme. Tout le reste est angélisme. On sait assez que l’enfer est pavé des meilleures intentions. Ou encore, comme disaient les Anciens, corruptio optimi pessima : la pire corruption est celle du meilleur.

4 réponses sur “Angélisme”

  1. Angélisme
    L’enfant est cette petite merveille

    Qui un jour nous aime, un jour nous déteste.

    Ses sens toujours en éveil

    Nous observent, nous jaugent: il nous teste.

  2. Angélisme
    La députée UMP s’appelle Edwige Antier.
    Elle est pédopsychiatre et très loin de l’angélisme que vous lui prêtez.
    C’est une femme qui se prétend le successeur de Françoise Dolto alors qu’elle est carrément au plan des idées et de ce qu’elle défend au plan psychiatrie de l’enfant, totalement à  l’opposé. Son discours relève du propos réactionnaire le plus souvent.
    Pour l’avoir écoutée du temps o๠elle sévissait sur France Inter, je ne peux que sourire à  l’opportunisme populiste de la dame vis à  vis de cette loi. Car c’est de cela qu’il s’agit. Pas d’angélisme.

  3. Angélisme
    « plus on lève la main sur un enfant, plus il devient agressif »

    Je pense que vous avez fait une erreur de transcription. Ce que voulait dire cette dame c’est que « plus on lève la main sur un enfant plus on a mal a la main ».

    Bon je sors… :-D))))

  4. Angélisme et perversion polymorphe
    Merci pour votre article…

    je me permets juste une précision, Freud n’a jamais dit que l’enfant était un « pervers polymorphe », mais que « sous l’influence de la séduction, l’enfant peut devenir pervers polymorphe et être entraîné à  tous les débordements imaginables » (Trois essais sur la théorie sexuelle, NRF, Gallimard, 1995, p. 108).

    Ce faisant, Freud souligne tout ce que l’enfant a en puissance, le pire comme le meilleur, qui peut être aisément corrompu. L’adage que vous citez « corruptio optimi pessima » s’applique ici encore: on peut, trop aisément, pervertir l’enfance. C’est la vocation des éducateurs (parents, professeurs, animateurs, etc.) que de faire croître ce qu’il y a de meilleur chaque enfant, et (pour avoir eu à  le faire comme éducateur) c’est extrêmement délicat.

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