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EQUATEUR : Victoire et inquiétude du président Rafael Correa

Le président socialiste équatorien Rafael Correa vient de remporter une victoire : les électeurs ont majoritairement approuvé, samedi, lors d’un référendum, dix propositions modifiant la Constitution afin de réformer, entre autres, le système judiciaire et de renforcer l’indépendance des médias en diminuant les pressions des grands groupes économiques privés.Dont on sait qu’ils n’ont de cesse depuis des années de torpiller Correa et de vouloir le démolir et le réduire à néant. Le résultat de ce référendum témoigne de la confiance du peuple en son président, même si celui-ci est la bête noire des States. Un peu à l’instar de Chavez, le Président du Venezuela.

Parmi les propositions qui auraient obtenu le plus de soutien populaire figurerait une intéressante réforme pénale visant à restreindre les libérations de prévenus après un an de détention préventive. Mais aussi celle désirant la création d’une commission tripartite pour fixer les modalités de recrutement des magistrats. En effet, certains magistrats sont corrompus par de grosses fortunes du pays.

Anecdote plaisant, ce référendum, qui tient parfois de l’inventaire à la Prévert, proposait aussi l’interdiction de la mise à mort des taureaux pendant les corridas, jugée « cruelles » par le chef de l’Etat. Une disposition qui suscite moins d’enthousiasme et qui n’entrera en vigueur que dans les cantons où elle a été majoritaire.

Pour l’avenir, la décision de créer un conseil réglementant les contenus des médias et instaurant des critères de responsabilité de journalistes et médias est aussi controversée qu’importante. Les uns parlent de censure. Mais il faut néanmoins savoir que depuis son arrivée au pouvoir en 2007, le président équatorien a été la cible de groupes de presse dirigés par des puissants, qui voulaient à tout prix couler le chef d’état socialiste. Si, en soi, cette mesure de réglementation n’est pas bonne, et peut-être dangereuse, il y a cependant un contexte : celui d’une volonté systématique des forces de l’argent de discréditer Correa- sans y parvenir.

Rappelons les avancées importantes dans ce pays grâce à Rafael Correa : renforcement du droit du travail, gratuité progressive des soins, plus d’équité dans les contrats liant l’Etat aux multinationales pétrolières. D’où le soutien et la confiance des pauvres de pays andin de 14 millions d’habitants. Et la haine des forces de l’argent.

Ce bilan positif n’exonère pas Correa des griefs fondés que l’on peut en effet lui opposer. A commencer par une sorte de contrôle systématique de la communication, certes en réaction contre les manoeuvres de discrédit des forces de l’argent, mais en soi toujours dangereuse. On peut à la fois comprendre Correa et s’inquiéter. Ainsi lorsqu’il déclare : « Si nous ne transformons pas la justice, nous ne pourrons transformer le pays ». Et qu’il ajoute : « Je mets certainement mes mains dans le système judiciaire, mais ce sont des mains propres, celles de 14 millions d’Equatoriens, des mains démocratiques ». Il faut prendre au sérieux la remarque d’un expert américain : « La victoire de Correa fait qu’il est désormais difficile de parler sérieusement de séparation des pouvoirs en Equateur ».

Pourtant l’intention déclarée de Correa est bien de promouvoir la démocratie :
« Nous sommes en train de déconcentrer le pouvoir, de le démocratiser, en changeant les relations de pouvoir de manière profonde et historique ». Les abus de pouvoirs actuels visent en fait à rééquilibrer une situation de départ. Selon Correa, en effet, « Le principal problème de l’Amérique latine est que les élites ont toujours eu le pouvoir. Tant que l’Amérique latine ne parviendra pas à rééquilibrer la balance des pouvoirs des élites à la majorité, il n’y aura pas de développement ». Ce qui est vrai, mais qui demande un surcroit de vigilance de la part de tous.

On notera par ailleurs que l’on des opposants les plus déterminés de Correa est son propre frère, Fabricio. Qui nuance la victoire du referendum : « C’est le temps de la réflexion pas du triomphalisme ».Il est vrai qu’en théorie Rafael Correa pouvait tranquillement faire passer les mêmes réformes par un simple vote de l’Assemblée nationale. Mais certains de ses alliés politiques se montrent de plus en plus hostiles, à commencer par le Mouvement Populaire Démocratique (Mpd) et par les indigènes du Pachakutik. Beaucoup refusent de lui payer un chèque en blanc. On se souvient également qu’en octobre dernier certains policiers avaient tenté une sorte de coup d’état. En faisant appel au peuple, Correa visait donc à reconquérir l’appui du peuple.

De réelles menaces pèsent donc sur Correa. Toutefois, il est improbable qu’il soit dans l’immédiat renversé. En effet en Equateur, comme dans le Venezuela de Chavez, aucune figure de l’opposition ne parvient encore à émerger pour défier durablement le Président. Au demeurant, si nous souhaitons tous un régime plus transparent dans ces deux pays, l’autoritarisme de Chavez et de Correa est bien entendu à situer dans un contexte d’ensemble. Et la solution n’est certes pas de les renverser, mais de faire évoluer enfin l’Amérique latine encore prisonnière d’un passé et de passif. La chute de Correa et le retour d’un régime conservateur, avec la revanche des forces de l’argent, serait en fait un malheureux encore plus, que redoutent la majorité des Equatoriens. C’est pourquoi ils continuent malgré tout à soutenir leur président.

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