Né en 2021, le collectif Anastasis1 cherche à faire vivre la force révolutionnaire de l’Evangile qui engage l’homme à se relever, et participe régulièrement à des réflexions sur l’écologie, le féminisme, les migrations, le décolonialisme… Le 29 octobre, le collectif réagissait à la chronique de l’essayiste Emmanuel Godo, parue quelques jours plus tôt dans La Croix. Golias reprend et publie dans son intégralité le texte d’Anastasis dont nous partageons la teneur.
« La chronique d’Emmanuel Godo, dans La Croix 25 octobre, et titrée Israël, sous couvert de sentimentalisme bon teint et de déclaration d’amour à Israël, est glaçante. Glaçantes également les réactions d’enthousiasme qu’elle a suscitées chez certains frères et sœurs chrétiens. Dans ce texte, la confusion théologique est à son comble et mène à des conclusions pratiques inacceptables. C’est donc à la fois pour des raisons religieuses et pour des raisons morales qu’il s’agit d’y répondre. L’auteur choisit d’identifier pleinement Israël au judaïsme. À aucun moment, il ne distingue entre l’État d’Israël et la religion juive, entre les intérêts politiques d’un État et la vocation religieuse d’un peuple excédant les frontières de cet État. Cette identification se double d’une déclaration de solidarité physique et politique, qui excède de loin le domaine de la compassion sincère pour une victime éprouvée. Dans sa logique, donc, être chrétien, être juif et être israélien est tout un et dispose à une alliance politique inconditionnelle. Cette entité théologico-politique présenterait le mérite, indépassable à ses yeux, de ne pas être « soluble comme nous autres dans la mélasse mielleuse qui sert au monde de pensée commune. »
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Une réponse sur “Israël/Palestine : Godo pris aux mots”
Je ne puis qu’adhérer à l’ensemble des arguments du groupe Anastasis concernant les positions de Golo sur Israël. Il est toutefois une affirmation, au début de l’article, qui me chiffonne. Gola, dit-on, confond un Etat (Israël) avec « la vocation religieuse d’un peuple excédant les frontières de cet État ». Il faudrait suppose qu’il existe un « peuple » « juif », qui a une vocation religieuse, je suppose, celles que les adeptes de la Loi de Moïse s’attribuent, d’être élus par YHWH pour être son témoin parmi les nations, ou, plus exactement, pour être témoins parmi les Nations de sa Loi.
Les enquêtes archéologiques sur le territoire de la Palestine, notamment en Samarie, Galilée et Judée, ont permis de montrer qu’il n’y a pas eu de conquête des Hautes Terres (Ephraïm) par une population venue du sud, qui aurait échappé à un esclavage en Égypte. « Israel » désignait primitivement non un territoire, mais un « groupe », une population installée sur les hautes terres d’Ephraïm, population composite d’habitants des plaines ayant fui pour échapper à l’esclavage ou à l’oppression de petits seigneurs ou à des envahisseurs. Au retour d’exil, grâce à la politique des rois de Perse, ce sont deux groupes d’aristocrates qui ont été autorisés à revenir sur « leurs » terres, les héritiers du royaume du Nord, du royaume d’Israël, qui reviendront sur le territoire de Samarie, et les héritiers du royaume de Juda, qui reviendront dans en Yehoud, sur le territoire autour de Jérusalem. Or les terres cultivables des deux territoires étaient tenues par les « gens de la terre », encore une fois, une population diverse, composite. A Samarie, il n’y a pas eu de politique d’interdiction des mariages mixtes; seuls les « prêtres » revenus d’exil en Juda ont introduit dans une Loi qu’ils ont réécrites et qu’ils ont appelées « loi de Moïse », l’interdit des mariages mixtes. Il est peu probable que l’interdit ait pu être appliqué de manière stricte, au point que ne reste en Judée qu’une population originaire de « Juda ». Le peuple juif, au sens d’une nation, comme Shlomo Sand l’a montré, n’existe pas.
Cela dit, je ne comprends pas comment on peut défendre l’idée de « la vocation religieuse d’un peuple ». L’idée, qui repose sur la tradition selon laquelle Yahvé aurait révélé « sa » loi à Moïse, prend pour argument une fiction qui a été élaborée, cela se démontre, après l’exil, par un groupe de lettrés appartenant à la caste sacerdotale ; la Loi de Moïse a eu pour fonction essentielle d’asseoir le pouvoir de la caste sacerdotale sur les Judéens. Le statut que réclament non tous les Juifs, mais, il me semble, un grand nombre, d’être considérés comme un peuple « à part », joue je crois, un grand rôle, et un rôle négatif, dans ce qui se passe en Palestine, aujourd’hui.
André Sauge