Un autre regard sur l’information !

La justice des larmes

Chaque vie humaine est égale et digne de compassion… C’est ce qu’exprime ce texte d’une profonde humanité du collectif chrétien Anastasis1, dans le contexte actuel de la guerre Hamas-Israël au Proche-Orient.


Dans sa prière, saint Ephrem le Syrien demande à Dieu : « Ne m’abandonne pas à l’esprit de paresse, de découragement, de domination et de vain bavardage. » Il est difficile, lorsqu’on s’essaie à mettre des mots sur ce qu’il s’est passé le 7 octobre dernier en Israël et Palestine, de ne pas tomber dans ces quatre écueils. Il est difficile aussi de rester muet au milieu d’un déferlement médiatique qui ne clarifie pas les événements, mais les obscurcit souvent encore davantage tant il est pleinement partie prenante de la guerre en cours. Chercher des mots justes pour saisir la situation n’est pas un maniérisme : c’est chercher à être, autant que possible, de plain-pied avec ce qui se passe là-bas depuis notre vie ici, c’est-à-dire refuser que « là-bas » reste dans l’abstraction, et affirmer qu’il nous concerne pleinement et à divers titres. Ephrem nous donne peut-être, à cet égard, une piste sur la nature de ce qui se joue, et la juste attitude à adopter lorsqu’il demande à Dieu de lui accorder « l’esprit d’intégrité, d’humilité, de patience et de charité ». Ce que nous révèle ce 7 octobre depuis le point de vue, limité mais qui est le nôtre, de l’opinion publique occidentale, c’est peut-être une crise de la compassion. 


La vision des crimes commis par le Hamas sur des innocents Israéliens, en particulier sur des personnes âgées et des enfants, est insupportable. Elle suscite en nous, à juste titre, la colère, le dégoût, le désespoir et la peur. Elle vient aussi nous marteler, en creux, cette question : où était ton cœur, toutes les autres fois où ont été tués, sous tes yeux, des vieillards et des enfants innocents palestiniens ? Qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit nullement de nourrir une « compétition entre victimes » ou de s’essayer à la fabrication d’une odieuse échelle des crimes permettant de relativiser les uns par rapport aux autres. Mais de remonter à la source de notre juste colère : dès qu’une vie humaine est détruite, c’est une singularité absolue, voulue par Dieu comme telle, qui disparaît de la Création. Chaque vie humaine est un absolu et doit être pleurée en tant que telle. Il y a de la justice dans les larmes aussi. C’est de cette justice dans la compassion, dont nous avons manqué affreusement lorsque nous nous sommes collectivement accoutumés au « conflit israélo-palestinien » et à sa morne litanie de morts, qui n’a pas commencé ce terrible 7 octobre 2023 et qui se continue aujourd’hui par les bombardements sur Gaza – lesquels ne détruisent pas des « masses » indifférenciées, parfois même animalisées, mais des vies singulières, pleines et complexes, dignes. Cette date nous invite peut-être à ne pas être « paresseux » en matière de compassion, à ne pas nous « décourager » face à une situation enlisée, et, semble-t-il, parfois inextricable, à ne pas non plus faire de ce qui se passe là-bas un objet de voyeurisme ou de « bavardages ». Mais à considérer chaque vie humaine comme égale et infiniment digne de compassion, et à élaborer en conséquence l’attitude politique la plus juste. Anastasis : Golias Hebdo n° 791, « Godo pris au mot », et 793, « Le Christ rouge », par Guillaume Dezaunay, membre du collectif.

 

1.Le collectif Anastasis est voué à la recherche théologique et à la force révolutionnaire de l’Evangile qui engage l’homme à se relever. Site : collectif-anastasis.org

2 réponses sur “La justice des larmes”

  1. Les bêtes immondes, venues dans l’esprit de carnage, qui ont conclus ces actes, plus qu’horribles, les projetant en dehors de la communauté de l’humain, les classant comme des animaux nuisibles, ne sont pas seuls responsables.
    Ceux de leur famille, amis, qui les ont aidés, projetés, maintenant cachés, encore aujourd’hui, et qui nous surjouent les victimes, sont tout autant complices de ce génocide.
    Mères, pères, frères, épouses….
    Il n’y a pas que le « HAMAS »….
    Les bêtes féroces, dangereuses, nuisibles, on les abat pour protéger les humains.

    1. salut à toi « PatriceG »…!
      tu écris: « Les bêtes féroces, dangereuses, nuisibles, on les abat pour protéger les humains.
      dis-moi… en toute humilité… TOI… tu te ranges dans quelle case…???
      les « bêtes féroces »…??? ou les « humains »…???
      je ne doute pas un seul instant de ta réponse…!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Europe

Europe : l’immigration inéluctable

Selon les projections officielles d’Eurostat, la population de l’Union européenne diminuera d’environ 9 % d’ici à 2050 par rapport à 2025 si les migrations cessent totalement. Le déclin devrait se poursuivre au cours des décennies suivantes, pour atteindre 23 %

Lire la suite »
Afrique

Tunisie : la révolte des intoxications

Dans la plus grande indifférence des médias, un mouvement social d’envergure est en cours en Tunisie depuis cinq semaines. Dans le nord du pays, à Gabès, les manifestants répètent à chaque sortie le même slogan : « Le peuple exige

Lire la suite »
International

Dieselgate : un nouveau chapitre

L’association néerlandaise des consommateurs Claim a annoncé le 10 novembre dernier qu’elle intentait un recours collectif contre BMW, accusant le constructeur automobile d’avoir falsifié les données d’émissions de quelque 100 000 véhicules vendus aux Pays-Bas. L’affaire concerne toutes les voitures

Lire la suite »
International

Le monde selon Trump

Le 29 octobre 2025, le président américain a affirmé avoir remporté « la guerre contre le canular du changement climatique ». Le lendemain, il a annoncé avoir donné l’ordre de « tester » les armes nucléaires étasuniennes pour rester sur

Lire la suite »
International

Etat des lieux de la liberté religieuse en danger

Le dernier rapport de l’ONG « Aide à l’Église en détresse » (AED), publié le 21 octobre 2025, indique que plus de 5,4 milliards de personnes vivent dans des pays où la liberté religieuse n’est pas pleinement garantie. L’organisation lance en parallèle

Lire la suite »
Follow us on Social Media