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L’épiscopat espagnol repris en main par François

Le 28 novembre 2023, le pape François convoquait à Rome les évêques espagnols. Un rassemblement contraint plutôt rare dans le monde de l’Eglise catholique. Le précédent a eu lieu en 2018, date à laquelle le pape avait demandé à l’épiscopat chilien, dans son intégralité, de venir à sa rencontre avant de lui demander de démissionner collectivement en raison de sa gestion catastrophique des abus sexuels au sein de leurs diocèses.


Cette fois, la raison principale d’une telle convocation réside dans la gestion des séminaires espagnols qui comptent actuellement 974 séminaristes pour 45 séminaires diocésains, contre 1 700 séminaristes il y a dix ans. Un déclin majeur quand certains séminaires ne comptent plus qu’une poignée de futurs prêtres, moins de dix, qui rend une réforme indispensable. En octobre 2022, le pape François avait eu à ce sujet une formule bien trouvée : « Cinq séminaristes dans un diocèse, ce n’est pas un séminaire, c’est un mouvement paroissial. » S’en est suivie une enquête au niveau de l’Eglise espagnole, menée par deux émissaires nommés par le Vatican, les évêques uruguayens Milton Luis Troccoli et Arturo Eduardo Fajardo. C’est leur rapport qui a décidé le pape à convoquer les évêques, afin de les mettre face aux questions concrètes et de les pousser à prendre des décisions.

Autre point essentiel, plus secrètement gardé, l’influence des mouvements charismatiques et traditionalistes sur la formation des futurs prêtres espagnols. Un tiers d’entre eux sont tenus par le Chemin Néocatéchuménal, dont les dérives sectaires et fondamentalistes, en matière de liturgie et de pastorale notamment, sont dans le collimateur de Rome depuis des années. La nomination récente de plusieurs évêques proches du pape n’a pas suffi à inverser la tendance. L’héritage et des réseaux, avec des hommes comme Antonio Rouco Varela, ancien archevêque de Madrid (1994-2014), usent encore de leur influence. L’enjeu pour le pape est bien de relancer une dynamique, mais aussi d’encourager l’ouverture d’une Église jugée trop fermée sur elle-même. Inquiet à juste titre de la nostalgie pour le passé nourrie par certains jeunes prêtres, et de l’interdiction, dans plusieurs séminaires, de certaines revues jugées trop à gauche par une partie du clergé. Rappelons que c’est justement l’influence sectaire et fondamentaliste du Chemin Néocatéchuménal qui avait amené le pape François à geler les ordinations du séminaire de la Castille au sein du diocèse français de Dominique Rey (Fréjus-Toulon).


Si la convocation des évêques espagnols n’a a priori pas la même finalité que le précédent chilien de 2018, il ne faut pas sous-estimer l’importance de la crise des abus sexuels au sein du clergé ibérique dans cette convocation. Une crise longtemps retardée par l’institution, mais qui commence à prendre de l’ampleur dans la presse et dans l’opinion publique espagnole depuis que le Congrès des députés a publié, le 27 octobre, un rapport très critique, mené par une commission indépendante sur la gestion des violences sexuelles au sein de l’Église catholique et qui pointe plus de 400 000 victimes potentielles. Un autre chantier d’envergure. A. B.

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