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Paresse

Lu dans Le Figaro (17/10/2023) : « Avachis sur le canapé, nous dirons demain : « ChatGPT, écris-moi une lettre d’amour ». » On ne saurait mieux dire l’état actuel de beaucoup de nos contemporains, pour lesquels prime la loi du moindre effort, aussi bien physique qu’intellectuel.


Pour le premier cas, on connaît bien les seuls sportifs de salon. On sait aussi que beaucoup d’enfants ne se dépensent pas assez, et sont guettés par l’obésité : ce n’est pas la trottinette électrique qui la leur épargnera. On voit aussi beaucoup de jeunes adultes juchés pour leur loisir sur un vélo électrique, alors qu’ils auraient toutes les capacités physiques pour goûter aux plaisirs d’un vélo ordinaire et en tirer bénéfice. Ce qui compte dans ce cas est la seule sensation de la glisse sans effort, dans une sorte d’apesanteur qui maintient dans une bulle et qui isole à moindre frais.


Mais plus grave encore est la paresse intellectuelle, qui s’appuie sur ces miraculeuses prothèses que sont les outils digitaux dont on ne mesure pas encore tous les dangers. ChatGPT en est une. Veut-on dire à quelqu’un qu’on tient à lui, et ne le peut-on pas, par incurie, réticence à faire un effort ? Le logiciel est là, qui en dispense. Et ses possibilités sont énormes, sa base de données quasi infinie. Il peut faire passer celui qui l’utilise pour un vrai écrivain.


On peut dire évidemment qu’il vaut mieux l’intelligence artificielle que la bêtise naturelle. Mais pour la sincérité des sentiments que l’on veut exprimer, c’est une autre question. Sans doute faut-il préférer en cette matière la maladresse à dire quelque chose d’au moins personnel, plutôt que l’imposture à s’abriter pour ce faire derrière un logiciel. Un homme vaut ce qu’il veut, et sa conduite le jauge et le juge. S’il ne veut pas faire d’effort, s’il veut chérir son unidimensionnalité, libre à lui. Mais que dira-t-il au Dernier Jugement, quand on lui demandera des comptes sur sa paresse, sur l’usage qu’il aura fait de son talent ? Je sais bien qu’il va ricaner de ce que je viens de dire, car pour lui il n’y a pas d’autre jugement que l’image complaisante renvoyée par son selfie. Comprendra-t-il quelque chose à ma sévérité ? Je le laisse donc à sa morne existence sur son canapé, et préfère, comme dit René Char « me soumettre à mes dieux qui n’existent pas ». Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique).

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