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Gaza : «L’air s’est rempli de poussière…»

Etudiante à Gaza, Wejdan témoigne de la fragilité de sa vie, de celle de sa famille et de ses voisins sous les bombardements permanents. L’armée israélienne a tué plus de 25 000 personnes et au moins autant risquent de perdre la vie en raison du blocus auquel est soumis ce territoire palestinien occupé dont la surface équivaut à peine à celles de Paris et Marseille. Golias Hebdo a volontairement enlevé les éléments permettant de la reconnaître, à sa demande, afin de ne pas mettre sa vie encore plus en danger… Plus de 100 journalistes, dont le métier est de raconter ce qui se passe, ont été ciblés et assassinés en trois mois.

 

«Je m’appelle Wejdan. (…) Je suis étudiante. Normalement, je devrais être dans mon université maintenant, en cours, mais rien n’est normal ces jours-ci. Je voudrais partager avec vous une partie de ma vie quotidienne ici à Gaza, sous les bombes (…), une journée de cette guerre, que je ressens comme une année entière tellement la douleur est grande.
La journée commence le matin à 7 heures, car il faut chercher de l’eau. Nous devons aller dehors chercher de l’eau pour [nous] laver, pour nettoyer, pour cuisiner, pour boire. Cette quête devient de plus en plus difficile avec chaque jour qui passe. Il faut trouver l’eau, remplir des seaux et des bouteilles, les porter jusqu’à la maison. Quels que soient les mots que je choisis pour vous raconter à quel point ce processus est épuisant, ils sont insuffisants.


La deuxième tâche quotidienne est de faire du pain. Il n’y a plus de pain dans les boulangeries de Gaza depuis deux mois, puisqu’il n’y a plus d’électricité, ni de gaz. On se répartit le travail entre nous. Un membre de la famille prépare la pâte, un autre [la] découpe (…), etc. Ensuite, on cuit le pain dehors sur un feu de bois. Le feu nous brûle la peau et les poumons, et la fumée nous fait larmoyer et nous donne mal à la gorge. [On] fait cuire le pain sous le bruit des bombardements, qui semblent ne jamais s’arrêter. La peur est un compagnon constant. Nous travaillons la tête baissée en espérant éviter les éclats d’obus. Les bruits des bombardements viennent de tous les côtés et nous ne savons jamais où tombera la prochaine bombe. Nous travaillons (…) aussi vite que possible pour rentrer à la maison afin de donner à manger aux enfants, qui ont faim (…).


Aujourd’hui, après notre petit déjeuner fruste, ma petite sœur de cinq ans et demi se tourne vers ma mère et dit : « Maman, je veux manger un donut. S’il te plaît, fais-moi un donut, même un seul. » Ma mère nous regarde en silence. Faire un donut semble impossible à cause de la rareté de la nourriture. Mais après quelques minutes, elle dit : « Nous ferons des donuts pour les enfants. » Cette annonce nous remplit tous de joie. Nous n’avons pas mangé de bonbons, de gâteau, de chocolat depuis un mois et demi. Le cœur léger, nous nous sommes mises à préparer les donuts. On avait l’impression d’anticiper un vœu accordé par un génie. Nous travaillions ensemble avec joie, en riant et en parlant, nos mains se synchronisant parfaitement. Bientôt l’air était rempli de l’odeur de la pâte fraîche et du sucre. Nous nous sommes arrêtées pour admirer notre travail presque terminé, lorsqu’un bombardement israélien a violemment secoué la maison. L’air s’est rempli de poussière et des cris des enfants.


Nous nous sommes rassemblées, et c’est là que nous nous sommes aperçues que les hommes n’étaient pas rentrés de leur tournée dehors pour chercher à manger. La panique s’est emparée de chacune d’entre nous. Nous avons vite mis nos manteaux et sommes sorties pour sillonner les rues à leur recherche. Le soulagement a remplacé la panique lorsque nous les avons trouvés sains et saufs. Nous sommes rentrés ensemble à la maison, où les enfants voulaient toujours des donuts. Nous avons enfoui notre peur et notre tristesse pour leur apporter de la joie. Nous avons terminé les donuts et leur bonheur a nourri nos âmes. C’est ainsi la vie à Gaza maintenant. Les choses les plus basiques, les plus insignifiantes, nous paraissent comme des montagnes insurmontables. Telle était ma journée, une journée remplie de peur, de panique, mais aussi d’une lueur de joie. Ce (…) n’est qu’un petit aperçu de la peine immense qui règne à Gaza et dans nos cœurs. »

 

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