Un autre regard sur l’information !

Bénir à moitié les couples gais et ceux irréguliers?

Cet article décortique la nouvelle bénédiction accordée aux couples gais et à ceux irréguliers. Il permet de mieux la comprendre. Des millions de personnes sont concernées à travers le monde.

Le document d’une dizaine de pages, intitulé Fiducia supplicans (c.-à-d. la foi confiante des fidèles qui supplient d’être bénis…), rédigé par le nouveau et jeune cardinal argentin Victor Manuel Fernandez, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi du Vatican, et signé par le pape le 18 décembre 2023, autorise désormais les prêtres catholiques à bénir les couples du même sexe et ceux en situation irrégulière (divorcés remariés, en concubinage…). Qu’en est-il vraiment ?

Malaise constant

Cela paraît surprenant, innovateur et positif, certes, mais cache encore un malaise assez profond, sinon du mépris, quant à la reconnaissance juste et équitable des droits de ces couples qualifiés, à plusieurs reprises, d’irréguliers selon cette Déclaration.

Ouverture naïve et peur bleue de la confusion

Malgré ce semblant d’ouverture naïve, Fiducia supplicans met tout de suite en garde les pasteurs en leur défendant strictement de poser un tel geste dans un cadre liturgique ou relié aux sacrements afin d’éviter toute confusion (ce mot revient 6 fois) et scandale (ce mot revient 2 fois). Ce n’est absolument pas une bénédiction de mariage. Non ! Surtout pas !

En fait, il ne faut pas qu’il y ait, pour la circonstance, ni cérémonie, ni rituel, ni vêtements sacerdotaux, ni texte préparé d’avance. De plus, « ce geste ne prétend pas sanctionner ou légitimer quoi que ce soit » (# 34). Il ne modifie en rien « l’enseignement pérenne de l’Église sur le mariage » (# 4).

Bénédiction bâclée à l’improviste

En marge de toute démarche officielle, cette simple bénédiction (# 38) se fait à l’improviste, d’une façon « spontanée » (ce mot revient 6 fois), donc d’une façon uniquement officieuse et fortuite, par exemple, lors d’un pèlerinage, d’un passage dans un sanctuaire ou carrément « dans la rue » (# 28) !

Attention bénigne et secondaire

Cette bénédiction « symbolique », très brève, invoquée seulement par souci pastoral, hors de toute liturgie, n’est qu’une attention bénigne et secondaire, portée aux fidèles irréguliers. Ce n’est que de la « pastorale populaire » (# 24), offerte à la va-vite, sans condition (# 27) et sans valider moralement le statut de ceux et celles qui la reçoivent.

Comme celles des cartables

Le texte compare cette nouvelle bénédiction à celle accordée « aux cartables » lors de la rentrée scolaire (# 30) !!! Il insiste, à plusieurs reprises, sur l’absence de modus operandi. Une exigence : ce sera effectué « sous une forme qui ne doit pas être fixée rituellement par les autorités ecclésiales afin de ne pas créer de confusion avec la bénédiction propre au sacrement du mariage » (# 31).

Le soin dédié aux cartables est donc équivalent à celui dédié à la foi et à l’âme – chosifiées – des couples gais et de ceux en situation irrégulière qui ne méritent pas mieux.

Sensibilité froissée

Cette bénédiction non ritualisée, même pas « semi-liturgique » (# 36) froisse la sensibilité contemporaine soucieuse d’égalité et de respect de la dignité des personnes. Cette fausse ouverture cache, malheureusement, une rigidité récurrente.

Un geste seulement spontané

Tout doit se passer dans la « spontanéité » : les couples gais ou irréguliers demandent spontanément la bénédiction, le pasteur les bénit spontanément, on dirait du bout des lèvres, sans pompe ni célébration. Un petit cadeau prodigué en cachette. N’est-ce pas une façon cavalière de procéder ?

N’est-ce pas manquer d’accueil chaleureux et d’esprit pédagogique ? Plusieurs couples gais et irréguliers m’ont confié qu’ils se sentent doublement blessés, marginalisés, avec une telle bénédiction de second rang, accordée illico, presque à la sauvette, surtout sans la moindre apparence de « cérémonie ».

Bénédiction minimaliste

Ce document compare la bénédiction « minimisée » ou « minimaliste » des couples gais et irréguliers à celle « des objets » (chapelets, médailles, # 6), peut-être pour ne pas offusquer l’aile conservatrice ultra réticente prête à créer un schisme si on allait un millimètre plus loin.

Opposition musclée et concession

Toutefois, tollé de contestations immédiates et virulentes des évêques d’Afrique et de certains pays traditionnalistes d’Europe de l’Est ! Ils refusent de donner une telle bénédiction, la considérant « inappropriée », voire « hérétique » et contraire à leurs cultures. Devant tant de dénigration, le préfet cardinal Fernandez publie un Communiqué complémentaire, plutôt conciliateur, le 28 décembre. Il recule et offre aux conférences épiscopales de chaque pays la possibilité de décider si cette bénédiction sera accordée ou non dans leur région.

Ce document ne serait plus, par conséquent, une Déclaration doctrino-pastorale qui implante une pratique officielle et universelle, mais seulement un vœu pieux suggestif, des directives facultatives.

Accueil mitigé en Occident

Plusieurs prêtres occidentaux semblent disposés à bénir les membres du couple gai et divorcé remarié, MAIS séparément, pas ensemble. Ils accueillent la personne, mais non son acte : le gai et le divorcé remarié, mais non son ménage ni ses relations sexuelles !

C’est révélateur d’un jugement moral endurci, contraire à l’esprit d’ouverture de cette bénédiction « sans condition » et aussi contraire à la miséricorde de l’Évangile.

Contradiction et défaillance

Dans le document original du 18 décembre, aucun texte de bénédiction ne devait être formulé d’avance. Tout devait être « spontané ». Pourtant, quelques jours plus tard, soit le 28 décembre, ce préfet propose lui-même un modèle de bénédiction.

Le libellé se veut évangélisateur à la fin : « Délivre-les de tout ce qui contredit ton Évangile et donne leur de vivre selon ta volonté. » N’est-ce pas une exhortation à la conversion à peine camouflée ? La mention de délivrance s’apparente à l’exorcisme.

Ce n’est donc plus une bénédiction pure et simple, sans « jugement » comme c’était allégué au départ !!! Pédagogie ou tentative pastorale contradictoire, défaillante !

Bénédiction finalement rédigée !

À la surprise générale, ce préfet publie, dans ledit communiqué, un exemple de prière (extra liturgique) qui ne doit pas dépasser « 10 ou 15 secondes ». Brièveté oblige ! Cette prière offre un « canal » vers une vie plus conforme à l’Évangile, affirme-t-il.

Voici la teneur intégrale du prototype rédigé à cet effet. C’est général au début. La fin est plus un rappel à l’ordre. « Seigneur, regarde tes enfants, accorde-leur la santé, le travail, la paix et l’aide réciproque. Délivre-les de tout ce qui contredit ton Évangile et donne-leur de vivre selon ta volonté. Amen. » Le prêtre peut ensuite tracer un signe de croix sur chacune des deux personnes.

Faux accueil

Ces événements fâcheux prouvent que l’Église « mère », supposée soigner et guérir les plaies de ses enfants, supposée les accompagner et les nourrir, échoue encore une fois. Elle ne cesse de dédaigner et de marginaliser d’une façon ostensible la diversité. Pourquoi alors y adhérer ? Mieux vaut rester en paix, loin des troubles de la marâtre et entretenir une relation directe avec Dieu, sans la laisser l’envenimer.

La morale au détriment de la charité

Les lois civiles, qui ont progressé avec les années dans le sens du respect de la dignité et des Droits de la personne, peuvent bien faire la leçon à celles toujours moralisantes et rétrogrades de l’Église qui laisse son clergé bénir ou ne pas bénir les couples irréguliers au gré de ses humeurs personnelles.

Aucune place dans le livre des Rituels

Selon le Rituel des bénédictions de l’institution Église, les animaux ont droit, depuis longtemps, à une bénédiction officielle et à une aspersion d’eau bénite dans le cadre d’une liturgie célébrée expressément à l’occasion, à l’intérieur des murs de l’église. Les couples gais et tous ceux en situation irrégulière n’ont rien de cela. Ils devront patienter encore avant de rentrer dans ce fameux Rituel. Ils sont parvenus au parvis du temple, mais pas encore dans le temple.

Bénédiction en bonne et due forme pour les animaux

C’est vrai que selon la Genèse, les animaux ont été créés avant les êtres humains. Ils ont donc la priorité. Vive l’ancienneté syndicale ! Il nous reste beaucoup de chemin à parcourir dans les voies spirituelles ! Bernard Anton, PhD, théologien

Auteur de Déconfiture des escobars et de Lettre à poster – www.bernardanton.com

 

5 réponses sur “Bénir à moitié les couples gais et ceux irréguliers?”

  1. Je vous cite :
     » N’est-ce pas une exhortation à la conversion à peine camouflée ? La mention de délivrance s’apparente à l’exorcisme.  »

    Je suis entièrement d’accord avec vous.
    Je dirais même plus, il s’agit à mes yeux d’emprise, dont je ne veux à aucun prix être la victime.

  2. Je vous cite :
    « Délivre-les de tout ce qui contredit ton Évangile et donne leur de vivre selon ta volonté. » N’est-ce pas une exhortation à la conversion à peine camouflée ? La mention de délivrance s’apparente à l’exorcisme.

    Entièrement d’accord.
    A mes yeux, il s’agit là d’emprise.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Avant-scène

Narcotrafic : le moment italien ?

Il y a vingt ans, le journaliste italien Roberto Saviano publiait Gomorra un livre tellement précis et documenté sur la réalité de la mafia napolitaine qu’il fut condamné à mort par la Camorra. Il vit depuis sous protection policière permanente.

Lire la suite »
Avant-scène

Boualem Sansal, une histoire française ?

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été gracié et libéré après une année de prison en Algérie alors qu’il avait été condamné à cinq ans pour atteinte à l’unité nationale après des propos tenus en France dans le follicule d’extrême droite

Lire la suite »
Avant-scène

Que nous dit l’élection de Zohran Mamdani ?

New-York s’est choisi un maire de 34 ans, socialiste, enfant d’immigrés indiens, musulman, et propalestinien. Il a été élu avec 51 % des votants pour un taux de participation de 40,7 % des 5 millions d’électeurs new-yorkais. En 2021 son

Lire la suite »
Avant-scène

RN au pouvoir. Le pire est-il certain ?

Le 13ème rapport annuel sur les fractures françaises[1] a été publié après une enquête menée du 1er au 9 octobre auprès d’un échantillon de 3000 personnes. Elle s’est déroulée au moment des débats sur l’impasse du premier gouvernement Lecornu sur

Lire la suite »
Follow us on Social Media