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Crise paysanne : capitulation en rase campagne

Les manifestations de certains agriculteurs et les réponses de l’État montrent et préparent des dérèglements majeurs de la vie démocratique, mettent en péril l’avenir de l’agriculture et de la santé publique. Populisme gouvernemental, cynisme du principal syndicat agricole, récupération par l’extrême droite… Rien de cela n’était imprévisible, puisque l’agriculture est livrée à l’idéologie libérale. La complaisance des médias, leur suivisme, ont rendu inaudibles quelques voix empreintes de respect de la nature et de la dignité humaine et plus conscientes des vrais enjeux. (illustration : sirinapa@123RF.com)

 

Fin novembre 2023, à l’entrée des villes et villages ruraux, beaucoup de panneaux indicateurs ont la tête en bas. Les Jeunes Agriculteurs (JA), affiliés à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) manifestaient « que l’agriculture marche sur la tête ». Par exemple, les jeunes agriculteurs de l’Auxerrois exposent ainsi leurs revendications : « On demande une pause normative pour arrêter la superposition de normes et réglementations qui sont très lourdes de conséquences sur les exploitations. (…) On est en train de sacrifier la production en Europe et en France au profit de l’importation. De nombreux marchés sont aujourd’hui déstabilisés par la suppression des moyens de production ou par l’absence de normes strictes imposées au moment de l’importation. (…) La production s’écroule au profit de l’importation. »1 Occupé à séduire la droite par la loi de répression contre les migrants, le gouvernement Borne a dédaigné ce qu’il a tenu pour une rituelle manifestation de la « grogne » ordinaire du milieu agricole, pourtant bien cajolé depuis 2017.

Labours, semailles et moissons…

On récolte ce qu’on sème. M. Macron a multiplié les faveurs pour le milieu agricole et rural, sous la coupe de la FNSEA, de lobbies divers et d’un populisme émanant du RN. Cela a ouvert les appétits ! Les subventions ont été octroyées larga mamu aux chasseurs. Elles sont passées de 27 000 € en 2017 à 11 460 000 € en 2021, tandis que l’État refuse obstinément de mettre des limites au « droit » des chasseurs d’occuper la campagne au mépris de la liberté des citoyens de s’y promener le week-end, les mercredis ou les vacances scolaires. Dès 2017, des mesures favorables aux chasseurs sont annoncées : autorisation des réducteurs de son sur les carabines, allongement de la période de chasse à l’oie, baisse du prix du permis de chasse de 400 à 200 euros. Il sera bientôt possible d’acheter des cartouches dans certains bureaux de tabac… De notoriété publique, M. Macron entretient d’excellentes relations avec Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs qui proclame sur son site « défendre la ruralité et préserver la biodiversité ». Ce qui est d’une évidence certaine.

Ce copinage avec le monde de la chasse – manifesté par la réouverture des « chasses présidentielles » – n’est pas exempt de contradictions pour l’Européen convaincu qu’est M. Macron. Les chasseurs sont en effet d’ardents souverainistes dans leurs cantons et réserves. Ils sont particulièrement hostiles à l’Europe pour ses directives « Oiseaux » et « Natura 2000 » qui limitent la possibilité de tirer sur tout ce qui bouge, partout et tout le temps. Pour la campagne des législatives de 2017, LREM et les chasseurs avaient signé un accord dans lequel la mise en cause des normes européennes sur la chasse et l’environnement était inscrite. Avec les mêmes arguments que sur les barrages de tracteurs.

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