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Disparition de Robert Badinter : de l’hommage à la fidélité

L’abolition de la peine de mort, grâce aux efforts de Robert Badinter, est un effet du « travail de civilisation » dont notre République lui est à jamais redevable. Cependant, les éloges sont parfois plus conventionnels que sincères. Leurs auteurs prétendent partager aujourd’hui des idéaux qu’ils ont combattus hier. D’autres peinent à dissimuler leur haine de l’œuvre et celle qu’ils vouent à son auteur pour des raisons que nul n’ignore. Beaucoup plus nombreux encore sont ceux qui espèrent, qu’après les hommages ostensibles, on ne viendra pas examiner comment ils piétinent les couronnes qu’ils ont tressées. Monsieur Badinter a accompagné son combat pour l’abolition d’une exigence de justice que certains trouvent bien incommode et négligent sans vergogne.

 

Intellectuel polyvalent, Robert Badinter s’oriente vers le droit. Il devient professeur (école de droit de la Sorbonne) et exerce parallèlement à sa carrière universitaire la profession d’avocat dans le cabinet fondé en 1965 avec Jean-Denis Bredin. Jusqu’en 1972, sa carrière se partage entre celle d’avocat d’affaire au service de gens huppés : Coco Chanel, Boussac, baron Empain, l’Aga Khan, etc. et la défense de criminels de droit commun. Ainsi, en 1972, il défend Roger Bontems et ne parvient pas à lui éviter d’être condamné à mort – bien qu’il n’ait pas versé le sang. Il ne peut obtenir sa grâce auprès de Pompidou (qui ainsi se déshonore). R. Badinter devient dès lors un adversaire résolu de la peine de mort sans exception et de façon universelle.

 

Il défend des criminels dont les actes révulsent – à juste titre – l’opinion et, contre toute attente, il leur épargne par ses plaidoiries ardentes la peine capitale. En 1976, il défend Patrick Henry, coupable d’avoir tué un garçon de sept ans à la suite d’un enlèvement crapuleux. Le passé de ce personnage est déjà marqué de divers forfaits et crimes. Pourtant – ou par le fait d’une étrange disposition d’esprit – Henry, avant la commission de son dernier crime, réclamait bruyamment sur la voie publique la peine de mort pour Bontems et Buffet. Me Badinter y verra une nouvelle confirmation de l’absence de vertu dissuasive de la peine de mort. Sa plaidoirie ne sera pas « pour » Henry, mais contre la peine capitale.

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