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Monsieur Attal ou les limites
du paradoxe libéral

Comment porter remède à la crise persistante qui affecte le système de santé français ? M. Attal recherche de manière paradoxale des remèdes individuels à des dysfonctionnements collectifs. En libéral convaincu il est persuadé qu’il n’y a pas de société. Seuls, des individus incapables et inconséquents entravent l’avènement de l’harmonie spontanée du libre marché. La puissance publique n’interviendra que pour réprimer ces trouble-fêtes. Qu’il s’agisse de la « taxe lapin » pour la santé, de la suppression de l’Allocation spécifique de solidarité pour les chômeurs, ou du « devoir » de travailler, la politique qui aggrave les difficultés qu’elle prétend résoudre s’affirme. De surcroît, elle offre aux populistes de quoi nourrir leur propagande et leurs menées.

 

Bien des penseurs de la chose publique, depuis environ une cinquantaine d’année, dénoncent la crise de la démocratie génératrice, selon eux, d’individualisme croissant et d’irresponsabilité des citoyens. Marcel Gauchet, J.-P. Le Goff, Michel Onffray, A. Finkielkraut, notamment, sont des figures médiatiques de ce courant. Dans La Démocratie contre elle-même, M. Gauchet dénonce les méfaits d’une « anthropologie démocratique » qui fait des individus vides de droits et exemptés de tout devoir. L’air du temps est à la dénonciation de « l’égalitarisme » et du « droit-de-l’hommisme » qui rendent les démocraties « fantomatiques » et soumises aux idéologies délétère du féministe, des particularismes, du « woke ».

 

Ces penseurs sont assez avisés cependant pour ne pas remettre en cause le formalisme démocratique, mais le veulent sans effet sur la nature du pouvoir, les buts de ses actions et les moyens utilisés. L’exclusivité des décisions politiques est déléguée par le vote à des professionnels (l’« élite ») qui ont tous les pouvoirs sans limites. Le Parlement lui-même est considéré comme une instance qui n’a plus à délibérer, mais seulement à enregistrer les décisions de l’exécutif, prétendument au nom du peuple.  L’expression de l’opposition ou du mécontentement tend à devenir illégitime aux yeux de cette élite. C’est pourquoi, on voit que certaines manifestations (pourtant légales) tournent de plus en plus à l’émeute, sont de plus en plus criminalisées et que les recours juridiques  c’est une tendance qui s’affirme de façon inquiétante en France – sont dénoncés comme le « gouvernement des juges » qui s’oppose à la volonté populaire. Divers sondages1 rapportent que la défiance des citoyens à l’égard de la démocratie tend à s’accroître et qu’une proportion assez importante de la population inclinerait à se satisfaire d’un gouvernement autoritaire pour venir à bout des difficultés sociales.

 

Ces discours sont populaires, ils apportent une explication simple à des phénomènes préoccupants. Il n’y a pas de causes sociales aux difficultés collectives (école, santé, travail, autorité), seulement le cumul des incuries individuelles des « autres ». Qu’ils soient paresseux, pauvres, intempérants, étrangers. C’est le vieux credo thatchérien : « La société n’existe pas. »

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