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Abus sexuels : une longue histoire

Le théologien catholique et historien allemand Ulrich L. Lehner vient de publier son dernier ouvrage, Une chasteté de façade-crimes sexuels dans la Compagnie de Jésus aux XVIIe et XVIIIe siècles (éditions De Gruyter). Interviewé par le site suisse Cath.ch, ce professeur de théologie à la prestigieuse Université de Notre Dame aux États-Unis précise le contenu de l’ouvrage. Les problèmes actuels sont tout sauf inédits… Selon l’auteur, « les jésuites aimaient se présenter comme un ordre particulièrement chaste. Cette mise en scène fonctionnait parce que les cas de violence sexuelle sur les élèves et les membres de l’ordre étaient tenus secrets. Les délinquants étaient tout simplement renvoyés dans le clergé séculier, bien que cela soit contraire aux statuts de l’ordre. En revanche, on a gardé dans l’ordre les abuseurs les plus influents, et on les a couverts ».

 

Impossible donc de ne pas faire le lien avec l’époque actuelle : « Oui, les mécanismes étaient similaires à ceux que nous observons dans la crise actuelle des abus. A l’époque aussi, il y avait des rumeurs auxquelles on ne voulait pas croire. On transférait simplement les gens. Le problème était aussi que les victimes n’étaient jamais considérées en tant que telles. » Des dissimulations à grande échelle : « Pour les jésuites qui étaient professeurs à part entière – et ils étaient peu nombreux – on n’envisageait un licenciement que dans des cas extrêmes. La plupart du temps, on les transférait ailleurs. (…) On ne voulait pas ternir la réputation de l’ordre par un travail de mémoire. Il y avait toutefois aussi des lanceurs d’alerte internes à l’Ordre qui ne pouvaient pas concilier leur conscience avec le fait de rester »insouciants. Ce sont eux qui ont mis en route certaines affaires. »

 

Une thèse qui vient en contradiction totale avec les idées répandues dans les milieux traditionalistes, selon lesquelles les abus dans l’Eglise sont un problème moderne lié à la révolution sexuelle des années 1960. Les abus sont bien un phénomène systémique. Ce que confirme Ulrich L. Lehner : « J’ai en tout cas trouvé de nombreux liens entre l’encadrement spirituel et les abus. Aujourd’hui comme hier, il y avait des lois ecclésiastiques strictes, mais on ne les appliquait pas souvent ou seulement lorsqu’il y avait un risque de scandale public. L’abus sexuel n’est certainement pas un problème moderne. » Et l’historien de rappeler, pour conclure, que le combat est loin d’être gagné : « Le pape François n’améliore en rien la situation. Il suffit de regarder la « réhabilitation » de l’évêque John Nienstedt, il y a quelques semaines. Dix ans après sa démission, les fidèles sont désormais invités, sans une ligne de justification ou de preuve, à faire confiance au tribunal suprême du Vatican, selon lequel il n’y aurait rien eu de vrai dans les accusations portées contre Mgr Nienstedt. » La route est encore longue. Alexandre Ballario

Une réponse sur “Abus sexuels : une longue histoire”

  1. Il y a de minables crapules sous l’étole et autres accoutrements ecclésiastiques.
    Vous aussi, Mesdames, derrière votre respectabilité de façade, vous n’y échappez pas…

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