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Aide à mourir : réfléchir, même aux limites

Le président de la République a présenté dans deux journaux animés par des courants de pensée très différents – Libération et La Croix – un projet relatif à « l’aide à mourir » qui sera examiné le 27 mai par les députés. Il fait suite au rapport de la Convention citoyenne pour la fin de vie remis en avril 2023 dont il reprend une partie des propositions. De vives réactions, venues des milieux médicaux et cléricaux, se sont immédiatement opposées à ce projet. Suffit-il d’évoquer l’éthique pour se dérober à l’examen de questions nouvelles ? Terreur sacrée ou défaite de l’esprit ? Peu importerait, si cela n’entraînait pas de potentielles souffrances pourtant évitables.

La peur du changement

Avec l’inscription de la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution et maintenant le projet de loi sur « l’aide à mourir », la société française est quelque peu bousculée. Des marges d’incertitudes, des zones grises, des pratiques institutionnelles secrètes, les intimités familiales vont devoir s’inscrire dans de nouveaux cadres. Les sociétés répugnent aux changements qui engendrent de l’incertitude et veillent à les proscrire. Pour cela, comme les individus, elles acceptent toutes sortes d’inconvénients dans des proportions insoupçonnées si on les considère du seul point de vue de la raison. Au plan individuel, on note la résistance du névrosé à tout ce qui pourrait améliorer sa situation et sa capacité déconcertante à accumuler les malheurs dont il se plaint et dont il est l’auteur. Trois circonstances, cependant, peuvent entraîner une remise en question de cette loi d’airain : « tomber en amour », devenir parent ou perdre un parent. Les sociétés résistent de même, jusqu’à ce que les procédures, protocoles et autres rituels du « fonctionnement » (dont, par exemple, la bureaucratie est un symptôme et l’agent reproducteur) soient débordés par la rencontre du désir, de la responsabilité ou du deuil. Bien des « évidences » apparaissent comme des constructions symboliques qui ont été fort utiles jusqu’à ce qu’elles entraînent plus de dommages que de bienfaits. Les dommages les plus considérables résultant alors du maintien par la force de ce qui ne sert plus, désormais, que les besoins d’un petit nombre de personnes ou d’institutions. Pour emprunter une image à Françoise Dolto, à propos de l’adolescence, c’est le « complexe du homard » qui est ici en cause. L’animal n’atteint sa maturité qu’au prix de perdre par moments sa carapace. S’il la garde, il meurt. Quand il la perd, il est exposé aux prédateurs et doit s’en protéger autrement. On comprend ainsi que les changements s’opèrent toujours sous la pression d’une nécessité vitale qui peut apparaître – peut être, parfois – mortifère. Quoi qu’on veuille toujours s’en épargner l’épreuve, certains changements sont nécessairement inquiétants, douloureux, mais l’absence de changement est plus certainement mortelle.

S’obstiner

On peut évidemment tenter de se soustraire à cette problématique en estimant que nul changement n’est nécessaire, que le statu quo quel qu’il soit est préférable à tout. Une fois encore, à propos de l’examen à venir de la loi sur « l’aide à mourir », l’Église de France rejette intégralement l’idée, quelles que soient les restrictions, les réserves, les précautions. Elle l’a fait contre la contraception et l’IVG avec le succès que l’on sait. Mais jamais, l’Église catholique ne s’interroge sur ce qu’elle appelle la vérité, la morale, la justice puisqu’elle a décidé qu’elle est cela. Jamais elle ne se demande si les échecs qu’elle rencontre – le fait patent qu’elle devient inaudible – ne tiennent pas à l’inadéquation de ses sermons dont les raisons sont de plus en plus incertaines et les motifs de moins en moins crédibles.

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