La fête de la Pentecôte est une fête juive particulièrement joyeuse, la fête des moissons, appelée encore fête des semaines, car célébrée cinquante jours (sept semaines) après Pâques. Après l’exil (VIe siècle av JC) la fête a été rattachée à la réception de la Tora au Sinaï, et elle était vue à Qumran comme celle du renouvellement de l’Alliance1 entre « Il est là » et le peuple d’Israël. Commençons donc notre découverte avec la Pentecôte juive, celle de Jésus de Nazareth…
La Pentecôte juive : fête du don de la Tora au Sinaï
Les prêtres du Temple de Jérusalem ont mis au point, dès l’amorce de l’expérience d’Israël2, un système prescriptif impossible à satisfaire pleinement et ont donné au Temple, qu’ils géraient entre quelques familles, le rôle d’une machine à pardonner les péchés, c’est à dire les manquements aux dits commandements.
Dans sa lecture littérale, le texte du don de la Tora à Moïse au Sinaï, midrash au sens profond, a été utilisé pour faire remonter l’origine de ce Code de prescriptions à Dieu lui-même. Malheureusement ! Pourtant ce texte évoque, par les images qu’il emploie – et qui ne sont que des images – les rapports de Dieu avec son peuple. Voyons-donc ce texte, dans sa transcription littérale de l’hébreu.
Un Midrash qui a pu être détourné
10. « Et « Il est Là » dit à Moïse : – Va vers le peuple, et garde-les à part3. »(…)12.« Et tu fixes autour une limite pour le peuple, en disant : – Gardez-vous de monter dans la montagne et d’en toucher la fin. Quiconque touche la montagne va vraiment mourir ! »(Exode 19)
Il est beau ce passage qui nous dit que l’homme ne doit pas se faire un Dieu à sa main, selon ses convenances. D’où l’insistance du texte à montrer que le peuple doit rester loin de la montagne du Sinaï, ne pas « arranger » Dieu à ce qui lui conviendrait, ne pas le manipuler ou le cuisiner à sa sauce. Très proche de la position du Maître de Nazareth dans la prière qu’il enseigne aux disciples (dans les archives reprises par Luc 11, 1) : « Qu’aucun de tes noms ne fasse l’objet de manipulations ! »Mais cela peut être détourné pour faire considérer le rôle des sacrificateurs comme celui d’intermédiaires indispensables entre Dieu et les hommes, et c’est ce que les autorités du Temple n’ont pas manqué de faire croire, au cours des 7 siècles dont nous parlions plus haut…
16. « Et voici, au troisième jour, dans l’être du matin, qu’il y a des voix, des éclairs, et une lourde nuée sur la montagne, et la voix du shofar très forte, et tout le peuple qui est dans le camp tressaille. »18.« Et toute la montagne Sinaï fume, en face, comme « Il est Là » descend sur elle dans un feu, et sa fumée monte comme une fumée de fournaise, et toute la montagne tressaille fort. »19.« Et voici, la voix du Shôfar, elle va et se renforce beaucoup, Moïse parle, et le Dieu lui répond par une voix. »(Ex 19)
Notons plusieurs images magnifiques employées par ce midrash :
– La montagne, qui représente toujours la venue d’une naissance. En hébreu, Har (La montagne – le nom) correspond au verbe concevoir pour une femme dans son ventre (Harah – le verbe). Une manière de dire que les dix premiers commandements reçus n’ont pour seul objet que d’amener les hommes qui les pratiqueront à naître.
– Des voix fortes, des éclairs, des nuées, des tressaillements ou tremblements de la foule des Hébreux et de la montagne, du feu et de la fumée soulignent l’importance du moment dont on parle, par des images, encore une fois. Elles sont là pour parler d’un appel (les voix fortes), l’illumination qu’apporte dans la vie des Hébreux ce qui va être dévoilé (les éclairs), le fait que toutes ces choses sont à découvrir progressivement dans nos existences (les nuées qui cachent), l’effroi dont les hommes sont saisis lors de ce dévoilement (les tressaillements des Hébreux comme de la montagne), la vigueur et l’importance de ce qui est en cause (avec le feu, la fumée, la fournaise…).
– Le dialogue entre « Il est là » et Moïse, cette figure qui conduit les Hébreux à s’arracher de l’Égypte, le pays merveilleux où l’on disposait de tout et qu’il importe de quitter pour arriver à vivre vraiment (comme le Jardin d’Eden dont il faut sortir pour commencer à vivre, comme nous le verrons).
De toutes ces images, aucune n’est exacte ; elles ne relatent pas des événements ou des personnages ayant existé de la manière dont on les présente. Mais chacune est d’une vérité, d’une profondeur exceptionnelle pour ouvrir les hommes à la vérité de leur existence4.
« Le drame est de prendre ces images pour des faits exacts. » On perd alors tout le sens du midrash en faisant de celui-ci un catalogue de prescriptions imposées par la divinité, alors qu’il s’agissait de communiquer le fond d’une expérience humaine solide, à réinventer en fonction des besoins et des circonstances. C’est évidemment ce que n’ont pas manqué de faire les sacrificateurs du Temple pour assujettir les hommes et les femmes d’Israël à leur position d’interlocuteurs indispensables avec la divinité, et… pour leur faire rétribuer confortablement ce rôle qu’ils se sont eux-mêmes attribué.
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Une réponse sur “La Fête de la Pentecôte revisitée à la lumière de l’enseignement du Galiléen”
Bonjour à toute l’équipe,
Depuis plusieurs semaines, la recette d’Eva Lacoste n’apparaît plus en dernière page de Golias Hebdo.
J’en suis déçue car si par le traitement de questions de fond Golias nourrit notre Foi et nos réflexions, il nous a aussi donné, jusqu’à ces dernières semaines, des idées pour partager du bon pain.
Merci Eva !
Nos remerciements et nos encouragements renouvelés à toute l’équipe,