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Délitement démocratique

La campagne électorale pour élire les députés français au Parlement européen devrait être un temps fort de la vie publique. Il n’en est rien et la même indifférence se répète à chaque échéance électorale. Seule, la tentation de renverser la table motive un nombre croissant d’électeurs capables de créer une majorité de voix sans pour autant représenter réellement la volonté commune. Le principe démocratique se retournant contre lui-même peut alors donner une légitimité à ceux qui le nient et visent sa subversion. Cette possibilité manifeste l’état de dégradation de la démocratie dont notre pays et beaucoup d’autres en Europe souffrent.

Comparaison n’est pas raison, mais…

Les commentateurs s’indignent : malgré l’ampleur et la constance des manifestations opposées à la « loi russe » en Géorgie, le parlement de cette république a voté un texte attentant gravement aux libertés publiques. De même, ils déplorent que la police, sur ordre du gouvernement, réprime les manifestations et tente de rétablir ce qu’il est convenu d’appeler l’ordre public. Formellement, il n’y a là rien à redire.

 

Malgré une forte mobilisation sur plusieurs semaines de l’ensemble des syndicats, malgré de grandes manifestations populaires, malgré des artifices procéduraux au parlement, malgré l’absence de vote, grâce aux interventions policières de plus en plus massives, le gouvernement français a imposé une loi retraite inique et inepte. Il affirme que cette mesure a été imposée de façon tout à fait démocratique. C’est formellement vrai. Beaucoup, en France, qui dénoncent les abus en Géorgie ont largement approuvé la fermeté républicaine du pouvoir et ont proclamé que la démocratie n’est pas dans la rue.

 

La comparaison n’est pas raison, mais nécessite tout de même de réfléchir à ce qui distingue les deux procédures que rien, au plan formel, ne discrimine vraiment. Mais voyons, c’est l’intention qui compte ! Le Parlement géorgien vote assurément pour le mal, le Français peut-être pour un bien. Comment le sait-on, qui en décide ? La démocratie aurait donc pour critère de validation de son fonctionnement des considérations psychologiques ou morales. En ce cas, pourquoi ne pas se passer des prérogatives des institutions dédiées au fonctionnement démocratique ? Au lieu de se perdre en vains débats, ne serait-il pas plus simple et efficace de s’en remettre à la bonne volonté du prince ?

 

Le 22 mars 2023, dans une intervention télévisée, le président de la République apostrophe les Français : « Vous croyez que ça me fait plaisir de faire cette réforme ? ». Est-ce bien la question dont il faut débattre ? Comment ne pas voir là que les « sentiments », les intentions entendent prendre le pas sur toutes les formes du débat démocratique qui – et cela, sans doute, est essentiel – ne se limite pas à l’exercice du droit de vote : « Vous avez donné votre voix, vous n’avez plus la parole ! ». Ne peut-on pas voir en ce type de démarche l’essence même de ce que nous pourrions appeler le dédain démocratique ?

 

Si nous considérons, autre exemple inquiétant, la situation actuelle du Royaume-Uni – modèle depuis trois siècles des libertés démocratiques, dit-on – nous voyons que le gouvernement actuel qui résulte de « combinaisons » internes au parti conservateur est assuré de perdre les élections législatives. Ses échecs cuisants aux municipales ne laissent aucun doute à ce sujet. Il prend pourtant, approuvé par une chambre servile, des mesures qui offensent les droits humains à l’encontre des personnes migrantes et mettent le pays en contravention avec plusieurs obligations internationales. Formellement, cette violation de la plus élémentaire décence n’empêche pas que ce gouvernement est légitime et peut disposer de la force pour faire exécuter les méfaits qu’il décide.

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