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La maladie et le chômage sont deux causes majeures de la pauvreté, du déclassement et de l’exclusion sociale si la solidarité n’en prévient pas la venue et les effets. Sur ce constat, le programme du Conseil National de la Résistance a pensé les bases d’une sécurité sociale universelle. Le principe s’est progressivement, mais partiellement, concrétisé pendant environ trente ans avant que les économistes ne dénient son utilité au nom du pragmatisme et, qu’aujourd’hui, les idéologues libéraux ne contestent finalement sa légitimité. La énième réforme de l’assurance chômage qu’impose le Gouvernement, les menaces de la Cour des comptes sur l’indemnisation des arrêts maladie en témoignent. La solidarité n’est plus l’affaire de la République. Même l’assurance est mise en cause. Reste… La punition ?

Une assurance sociale nécessaire

La précarité a été le lot permanent du travail ouvrier : un jour sans travail, c’était un jour sans salaire et l’obligation de s’endetter pour manger. L’artisanat et l’agriculture étaient parfois plus favorables dans la mesure où un repas et un gîte, même sommaires, n’étaient pas mis en péril si l’absence au travail durait peu. L’ouvrier, lui, était payé à la journée. Supporter le dimanche chômé supposait qu’il avait su être assez sage toute la semaine pour s’octroyer un peu d’agrément un jour sans travail. Ne plus travailler livrait à la misère et à la poursuite judiciaire. Des lois contraignaient les indigents et ceux qui se déplaçaient pour trouver du travail (passeports intérieurs). Cette violence sociale était un tant soit peu tempérée par des œuvres de charité religieuses ou laïques à l’initiative de philanthropes. Si certains se reconnaissaient des devoirs à l’égard d’autrui, les bénéficiaires n’avaient pourtant, quant à eux, aucun droit. C’est là, la cruauté de la bienfaisance. Les pauvres étaient astreints à un surcroît de devoirs pour être secourus. La culture populaire révèle dans ses modestes créations des vérités criantes et cependant oubliées.

 

Ainsi, en 1934, Berthe Sylva chante Mon vieux Pataud.(1) En quelques couplets, le tableau est dessiné. « Rouillé, perclus, courbé sur son bâton de chêne / Quand Butaud, l’braconnier dut renoncer à l’affût / Bien qu’on ne l’aimât guère vu son âge et sa gène /Au bureau d’Bienfaisance, tout d’même, on l’secourut » Tout de même… Butaud, lui, y voyait un droit et « passait fier avec son chien, causant que’qu’fois / Pour dire que l’assistance étant obligatoire / [il] touchait sans honte son secours au bout d’chaque mois. » Quelle outrecuidance ! Il n’avait pas bien compris les jeux imaginaires qui gouvernent de travers les liens sociaux : « Personne, nous deux, Pataud, n’a pu nous humilier / Moi, j’n’ai jamais eu d’maître, et toi, t’as pas d’collier. » Il ne paie pas la dette imaginaire qu’on attend de lui. L’autorité, en la personne du maire, lui fera comprendre qu’« Entre tes secours et ton cabot, faut qu’tu choisisses / L’argent des indigents n’est pas fait pour les chiens ». « Et comme le vieux n’voulait en faire qu’à sa tête / On résolut d’comprendre mieux qu’lui ses intérêts / Un soir donc, lâchement, on tira sur la bête. » On devine la suite… 1934, ce n’est plus le temps de Zola ou de Dickens, et pourtant perdure cette étrange incapacité à reconnaître une pleine humanité à ceux qui atteignent « l’âge » et la « gène ». 1934, c’est en réponse à la tentative de sédition des ligues de droite en février, la constitution d’un gouvernement dit d’union nationale où s’allient le Parti radical et des partis de droite. Doumergue a, parmi ses ministres, Pétain, Laval et quelques autres qu’on retrouvera à Vichy. La « Révolution nationale » aura une politique sociale qui supprimera les syndicats pour leur substituer le corporatisme et la collaboration des classes sociales prétendues solidaires pour maintenir l’ordre social.

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