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Décomposition politique et ressentiment : vers la fin de la démocratie

Plus de dix millions de Français ont voté pour le RN. Bien des raisons sont avancées pour expliquer ce choix inepte, comme s’il était seulement déterminé par la décision d’acteurs rationnels. De nombreuses difficultés quotidiennes assaillent certains de ces électeurs, mais pas plus que d’autres qui – au contraire – ont fait barrage de manière déterminée à ce parti. Chez la plupart de ces derniers, les difficultés de la vie suscitent la volonté de sauvegarder l’aptitude à la liberté. Les premiers s’en remettent au ressentiment et optent pour la décomposition de la vie politique. Cette inclination pour le pire résulte d’une passion que la société semble actuellement en peine de contenir, quand elle ne l’exploite pas cyniquement.

La fin d’un cycle de décomposition politique

En 2013, Thomas Frank(1) publiait Pourquoi les pauvres votent à droite. Le débat n’est pas nouveau, Marx supposait que la souffrance du prolétariat l’obligeait à recourir à l’obscurcissement de sa raison pour supporter la vie. L’idéologie bourgeoise fournissait à cette fin « l’opium du peuple », fait de toutes sortes d’illusions, dont la religion doloriste était une puissante composante. Marx n’avait pas perçu que son constat appelait un questionnement qui ne l’invalidait pas, mais pouvait en rendre compte plus complètement : pourquoi ça marche ? En effet, pourquoi les masses adhèrent-elles à ce qui les stupéfie, pourquoi tiennent-elles tellement à ce qui interdit leur émancipation quand, tout de même, des voix ne sont pas absentes pour analyser et déconstruire les illusions. Pis, les masses se retournent souvent contre ceux qui tentent de leur proposer des voies d’émancipation. Marx observa que c’était le prolétariat le plus misérable (Lumpenproletariat : prolétariat en haillons) qui était le plus porté à se faire l’agent violent des capitalistes (provocateurs, briseurs de grèves).

 

De ce constat découlèrent deux courants de pensée et d’action. L’un envisagea que le prolétariat ne méritait pas son émancipation et que la solution résidait dans l’anéantissement nihiliste de la société, donc de la vie humaine. De fait, en termes moins radicaux, cela servit de prétexte à des personnalités psychopathiques pour se livrer à diverses formes de meurtres et de rapines, se terminant par le nihilisme ultime : la mort des militants. Le terrorisme qui a marqué les années 70 et 80 en Allemagne (Bande à Baader) et les « années de plomb » en Italie (assassinat d’Aldo Moro, etc.) en est une survivance. Ajoutons au discrédit de ces entreprises que, systématiquement, elles ne provoquent pas la « révolution » prétendument espérée, mais permettent au contraire aux États mercenaires du capital de renforcer la répression des travailleurs et de la population la plus fragile en instaurant des politiques d’exception, des « états d’urgence » et autres dispositions qui finissent par s’insinuer dans la loi ordinaire.

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