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Perfidie

Dans une vidéo qui circule de manière virale sur les réseaux sociaux depuis le début de la guerre israélo-palestinienne, un responsable du Hamas souhaite que «la planète entière» soit sous la loi islamique. « Il n’y aura plus de juifs ni de chrétiens perfides. » « Source : msn.com.fr, 25/10/2023)

Je ne connais pas l’arabe littéraire dans lequel cette déclaration a été faite. Mais je note que la traduction par « perfide » a été substituée par le Figaro à la traduction anglaise, qui était « traître ». Or les problèmes de traduction sont toujours essentiels.

Dans le domaine religieux, « perfide » signifie simplement, conformément à son étymologie latine, « qui fait fausse route par rapport à la vraie foi (fides), qui s’aventure loin d’elle ». Donc : dissident, hérétique. Rien de plus. Voyez par exemple l’expression « Perfide Albion », qui signifie l’éloignement, le schisme de l’Angleterre par rapport à l’Église romaine.

Malheureusement ce sens n’est plus perçu aujourd’hui, au point qu’il n’apparaît pas dans la plupart de nos dictionnaires. On ne voit dans le mot que le sens très péjoratif de « déloyal », « fourbe », qui devient une insulte. C’est évidemment comme cela qu’on va recevoir aujourd’hui le mot du responsable du Hamas.

Comme chaque religion a pour habitude de critiquer les autres, et souvent dans les mêmes termes, il est intéressant de noter qu’il y avait naguère en catholicisme, avant Vatican II, une prière « pour les juifs perfides » (pro perfidis judaeis). Elle était prononcée le vendredi saint, et appelait à la conversion les juifs, que l’on considérait comme un peuple aveuglé – ainsi qu’on le voit dans la statue de la Synagogue avec un bandeau sur les yeux à la cathédrale de Strasbourg. Le sens initial du mot n’était que religieux (peuple infidèle), mais le grand public le prenait dans le sens désormais commun de sa traduction française : peuple hypocrite et fourbe. C’est à partir de ce genre de formules que l’historien Jules Isaac à dénoncé ce qu’il a appelé « l’Enseignement du mépris », à travers des siècles de catéchèse qui ont persuadé les chrétiens de la perfidie juive, jusqu’à pouvoir nourrir à la fin l’antisémitisme moderne.

Petites causes, grands effets. On meurt et on fait mourir pour des mots. Montaigne avait bien raison, quand il disait que la plupart des occasions de trouble du monde sont grammairiennes.

Retrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)

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