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Dieu est-il dans le stade ?

Pouvons-nous parler d’une spiritualité de l’activité sportive ? Les récents doubles Jeux Olympiques parisiens nous conduiraient volontiers à répondre par l’affirmative, tant les moments de grâce et de solidarité ont abondé, malgré certains « nettoyages sociaux » contestables. Ce qui vaut des disciplines de compétitions avec leurs grandeurs et leurs dérapages se retrouve également pour le sport de détente, avec tous ses bienfaits, mais aussi ses inévitables excès. Les deux réalités sont habitées par un souffle, un élan, une dynamique, une éthique, car elles s’exercent toutes selon différents états d’e/Esprit.

 

Au-delà de la polémique autour de quelques scènes (cènes) controversées de la cérémonie d’ouverture, la réflexion présentée ici s’inscrit dans la lignée de l’athlète de Dieu, saint Paul : quoi que nous fassions ou vivions, que nous mangions ou buvions, que nous travaillions ou nous rencontrions, que nous jouions sur une pelouse ou nous élancions vers des sommets, nous sommes invité(e)s à tout faire pour la gloire du Seigneur et de la Trinité Sainte (1 Corinthiens 10,31).

 

L’apôtre des nations en donne lui-même l’exemple en réalisant son apostolat comme une lutte, un pugilat ou une course où il se donne à fond, jusqu’au bout, pour les autres, pour les communautés auxquelles il s’adresse, auxquelles il se livre, et qu’il appelle au « bon combat » de la justice (voir par exemple Philippiens 3,12-16).

 

Mais comment Dieu et le sport se conjuguent-ils[1] ? Il ne s’agit évidemment pas d’omettre les dérives auxquelles une certaine idéologie des JO transférant le sacré sur les soi-disant « divinités » athlétiques et célébrant la « religion de l’homme » a pu conduire, notamment lorsqu’elle s’est vue récupérée par des pouvoirs totalitaires, tel le national-socialisme à Berlin en 1936, ou à Sotchi ou à Pékin. Les autorités politiques ont toujours exercé une pression sur cette vitrine exceptionnelle en faveur de leur action que constitue la chasse aux médailles, de manière à instrumentaliser les athlètes au point d’en arriver parfois à ériger le dopage en système étatique organisé et de faire des résultats ainsi obtenus artificiellement une exaltation du bien-fondé de leur régime autoritaire.

 

La perspective retenue se voit nourrie par mon expérience de prêtre depuis 40 ans, de professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg pendant 16 ans, mais aussi d’arbitre de football durant près de 50 ans, dont 5 en ligues supérieures helvétiques et de membre du Panathlon, un club-service rassemblant des représentants des différents disciplines. Elle explore 11 pistes selon les 11 joueurs d’une équipe de football et les caractéristiques de chacun d’entre eux :

 

– le « gardien » de but, afin de « garder » une juste vision des choses sans faire du sport la « religion laïque » du 21e siècle (n. 1) ;

 

– le « libéro » pour valoriser les avantages du sport de loisir (« liberté » ludique, recréation, épanouissement de soi, espace de socialisation et d’éducation), en complémentarité avec les concours entre les nations (n. 2) ;

 

– le « défenseur » central pour préserver et « défendre » l’essentiel face aux adversaires et amener chacun à déterminer son poste dans la liturgie de la vie (n. 3) ;

 

– le « latéral » droit pour ne pas tomber dans des excès « col-latéraux » et trouver le juste équilibre entre s’encroûter faute d’exercices physiques et fuir la réalité du fait d’abus de doping ou de pratiques extrêmes (n. 4) ;

 

– le « latéral » gauche pour « mettre de côté » la tricherie et maintenir une hygiène du corps sain dans un esprit sain (n. 5) ;

 

– le demi-« centre » pour découvrir le juste « milieu » entre la recherche du palmarès à tout prix et la sauvegarde d’une belle humanité individuelle et collective (n. 6) ;

 

– le demi-« droit » pour établir la « balance » entre les affrontements des compétitions et la coexistence pacifique sans discrimination de race, de langue ni de nationalité (n. 7) ;

 

– le demi-« gauche » pour cultiver grâce à l’arbitre la considération et le respect de l’adversaire, parmi les cadres, les entraîneurs, les journalistes et le public (n. 8) ;

 

– l’« ailier » droit qui « déborde » et centre pour développer l’esprit d’équipe où chacun contribue à l’ensemble (n. 9) ;

 

– l’« ailier » gauche pour « déborder » et rivaliser d’initiatives afin d’accompagner pastoralement les acteurs et l’univers du sport (n. 10) ;

 

– Enfin, l’« avant »-centre pour éclater d’allégresse devant le but marqué et semer la joie de l’Évangile (n. 11).

 

Évidemment, ces valeurs peuvent être attribuées diversement entre les joueurs. Mais l’option choisie constitue une manière d’inviter à donner le meilleur de nous-mêmes dans une activité athlétique. Ainsi nous parvenons à nous accomplir et à nous ouvrir à une forme de transcendance qui comble les êtres en toutes leurs dimensions de façon à recevoir la couronne de gloire qui ne se flétrit pas (1 Corinthiens 9,25). François-Xavier Amherdt

 

1. Voir mon ouvrage Dieu est dans le stade, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2024.

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