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Diocèse de Dax : à quoi joue l’évêque Souchu ?

Dans les Landes, une enquête menée actuellement par le procureur de la République vise le père Goguey (membre de la Congrégation des Lazaristes), en fonction au Berceau lazariste de Saint-Vincent-de-Paul (dans la commune du même nom). L’homme est accusé par trois femmes de faits qui ne se sont pas déroulés dans le département. Il est arrivé dans les Landes, au sein du « Berceau » qui fonctionne en toute autonomie du diocèse, depuis 2020. Le parquet de Nanterre a confirmé aux journalistes du Monde que « deux plaintes concernant trois victimes de faits d’agression sexuelle » lui ont été transmises, dont il s’est dessaisi au profit du« procureur de la République du domicile de l’auteur présumé, le procureur du tribunal judiciaire de Dax ».L’arrivée du père Goguey en terre landaise interroge. Bien que pour un lazariste, le passage par le « Berceau » de Saint-Vincent-de-Paul, le fondateur, soit courant, il intervient au moment où des faits surgissent. Comment alors ne pas se poser la question d’un énième déplacement pour tenter d’étouffer des faits encombrants pour une institution religieuse.

 

L’affaire a été médiatisée dans un article du Monde en date du 14 septembre 2024. Dix jours plus tard, l’évêque local, Nicolas Souchu, a été contraint de s’expliquer dans un communiqué. On y apprend alors qu’il est au courant des accusations depuis au moins 2020, et de manière absolument certaine depuis 2021. Ce qu’il ne dit pas, mais qui est précisé par l’avocate de l’une des plaignantes, Maître Debbache, c’est que sa cliente a envoyé un courrier en 2021 à l’évêque, dans lequel elle raconte son agression par le prêtre, et s’étonne de la réaction du diocèse qui continue de lui confier des missions, notamment auprès des jeunes. Nicolas Souchu a répondu à ce courrier, ce qui ne laisse aucune ambiguïté sur son niveau de connaissance de l’affaire. Dans son communiqué, Nicolas Souchu a pris soin d’expliquer que l’institution avait fait son travail. On apprend qu’une enquête préliminaire a été diligentée par le provincial des Lazaristes (Le Visiteur) et qu’à sa demande, le père Goguey a quitté le « Berceau ». Suite à l’enquête, le Visiteur a ordonné trois restrictions au prêtre : ne pas avoir de contact avec les personnes plaignantes (ce prêtre était très actif sur les réseaux sociaux), pas d’accompagnement spirituel de femmes de moins de 30 ans pour 5 ans et pas de confessions de femmes de moins de 30 ans pour 5 ans. Visiblement rassuré, l’évêque a alors jugé bon de réintégrer le prêtre sur les terres du diocèse depuis le 1er mars 2024.

 

Mais depuis l’article publié par Le Monde et ce communiqué initial du diocèse, l’affaire a pris une autre tournure puisque des photos ont été exhumées des réseaux sociaux via le site d’information de France Bleue Gascogne. On y aperçoit le père Goguey, en 2022, accompagnant des jeunes catholiques landais lors d’un voyage en Espagne puis lors d’une sortie en VTT de plusieurs jours. Les photos montrent une certaine proximité avec des adolescentes ou encore un selfie avec l’évêque, bien au courant à ce moment-là des soupçons planant sur le prêtre. L’avocate Nadia Debbache précise que les organisateurs de la sortie VTT qu’a encadrée le prêtre accusé n’étaient pas informés de la situation. Nicolas Souchu n’a donc averti personne, pas même les parents qui ont confié leurs enfants pour cette sortie. L’une des victimes présumées avait 17 ans à l’époque des faits qu’elle dénonce… Ils sont d’ailleurs depuis prescrits. En réaction, le diocèse d’Aire et Dax a publié un nouveau communiqué, moins assuré cette fois-ci : « Mgr Souchu comprend aujourd’hui que sa décision de nommer le Père Vincent Goguey auprès de la Pastorale des Jeunes soit particulièrement malavisée et douloureuse pour les femmes qui ont déposé plainte contre ce prêtre, pour leurs familles, ainsi que pour celles des jeunes ayant participé à des pèlerinages et événements diocésains. Il tient à s’excuser auprès de chacun d’eux. » À la lecture des faits et de leur chronologie, faire passer le traitement de cette affaire sur le compte d’un manque de discernement relève de l’imposture. Malgré les révélations qui surgissent dans le monde entier, malgré les travaux de la Ciase en France, nombre de responsables religieux ne changent pas leur pratique et font perdurer l’immunité sacerdotale (Cf. Golias Hebdo n°835 et l’analyse du sociologue Josselin Tricou). Ce qui montre l’ampleur de la tâche qu’il reste à accomplir en la matière. Alexandre Ballario

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