Un autre regard sur l’information !

La lettre et l’esprit de la Constitution

La nomination du gouvernement Barnier le 21 septembre clôt la longue phase politique estivale ouverte par les résultats des européennes le 9 juin avec, le soir même, l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, suivie d’un mois de campagne électorale, des deux tours des élections législatives, de deux mois d’attente d’un premier ministre qui aura mis deux semaines supplémentaires pour proposer son gouvernement. Trois mois et demi, quinze semaines, cent cinq jours pour que la clarification voulue par Emmanuel Macron le soir des résultats des Européennes aboutisse à l’opacité complète du jeu politique. Il disposait depuis 2022 d’une majorité relative qui lui permettait de passer des compromis au cas par cas avec la droite, l’extrême droite, voire avec la gauche pour certains textes. Le voilà largement minoritaire, obligé de passer une alliance avec la droite de l’ancien monde : la ligue des deux partis perdants sous la surveillance de l’extrême droite. Les partis de la coalition présidentielle et de la droite républicaine ont pourtant été battus aux élections européennes : en 2019, ils totalisaient ensemble 31 % des suffrages, contre 22 % en juin dernier. Même constat pour les législatives : en 2022, ils rassemblaient 36,2 % des suffrages au premier tour contre 26,6 % en juillet 2024, et le front républicain du second tour des législatives contre l’extrême droite a alors fonctionné au bénéfice principal des candidats de la coalition présidentielle. Le RN a finalement été renvoyé dans ses cordes, même avec un niveau très élevé de députés lui permettant d’arbitrer in fine le casting gouvernemental. Deux mois après le second tour des législatives, le barrage républicain a été converti en pont pour le Rassemblement National. Au nom d’une lecture littérale et présidentialiste de la Constitution, Emmanuel Macron n’a pas suivi l’esprit du parlementarisme en ne désignant pas comme Première ministre Julie Castet, candidate de la coalition disposant de la majorité relative (193 sièges sur 577). Elle aurait alors monté une équipe ministérielle, tenté de gouverner et le jeu parlementaire aurait pris le relai du fonctionnement des institutions avec ses aléas politiques. La lettre tue, l’esprit vivifie dit Saint Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, en l’occurrence la lecture macronienne a tué l’esprit des institutions de la Ve République. Avec ce président, chargé par l’article cinq de la Constitution « d’assurer, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics », on traverse une nouvelle frontière de la dégradation démocratique qu’il assume depuis sept ans et demi, en allant au-delà d’un choix politique hasardeux pour entrer, avec ce tour de passe-passe qu’il croyait habile, dans le domaine de la forfaiture. C’est qu’il aura confondu le fonctionnement régulier des pouvoirs publics avec la continuité de sa propre politique au bénéfice des plus riches, contre les services publics, contre les politiques redistributives et contre les libertés fondamentales. En définitive, contre l’avis de la majorité des Français, et ça va lui revenir en boomerang.

Cet article est réservé aux abonnés à Golias Hebdo. Déjà abonné ? Connectez-vous ci-dessous. Pas encore abonné ? Choisissez une formule. Vous pouvez également acheter ce numéro de Golias Hebdo

Golias ne vit que par et pour ses lecteurs, l'abonnement à nos publications constitue notre principale source de revenus.
Gérez votre abonnement en toute liberté depuis votre espace "Mon compte" : changement d'adresse, suspension, résiliation... Faites comme vous voulez, quand vous voulez.

Golias Hebdo

Chaque semaine, un autre regard sur l’information.

Golias Magazine

Bimestriel. Un outil d’information indispensable pour une véritable résistance spirituelle.

Golias Magazine + Golias Hebdo

Tout Golias : nos publications à un tarif préférentiel.

Tarif découverte

Une réponse sur “La lettre et l’esprit de la Constitution”

  1. Comme je l’ai déjà écrit ici, le problème était de courcircuité les LFI et leurs soi-disant « socialistes » du NFP qui voulaient mettre en place un blocage des institutions lors de la discussion du budget.
    La dissolution n’a pas permis de clarifier une situation politique dominée par les fausses informations dites « fake news », et autres influences déformées des réseaux sociaux, ainsi que par l’inexpérience de jeunes électeurs, qui n’ont pas eu le recul nécessaire pour avoir une opinion libre et éclairée.
    Mais cette dissolution a au moins le mérite de montrer les mauvaises volontés et double jeu des LFI/NFP et du RN ….!
    Aujourd’hui, on va bien voir si ces donneurs de leçons (c’est leur droit démocratique et parlementaire) …. ont – AUSSI – l’esprit et la lettre du – SENS – de l’Etat, et se rappellent que Dieu, lui même, a créé la sagesse en premier.
    Et que dans les temps troublés que la France et le monde traverse, il serai temps que ces deux entités politiques fassent des « amendements/ propositions » normales et réalistes au lieu de s’amuser à amoindrir l’image du Parlement de la France.
    Les français qui votent suivant leurs idées, quelles qu’elles soient, veulent des députés efficaces et non des députés qui se fichent de leurs votes en faisant des – milliers – d’amendements stériles , voire carrément fantaisistes… qui seraient des foutages de gueules de ceux qui les ont élus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Avant-scène

Narcotrafic : le moment italien ?

Il y a vingt ans, le journaliste italien Roberto Saviano publiait Gomorra un livre tellement précis et documenté sur la réalité de la mafia napolitaine qu’il fut condamné à mort par la Camorra. Il vit depuis sous protection policière permanente.

Lire la suite »
Avant-scène

Boualem Sansal, une histoire française ?

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été gracié et libéré après une année de prison en Algérie alors qu’il avait été condamné à cinq ans pour atteinte à l’unité nationale après des propos tenus en France dans le follicule d’extrême droite

Lire la suite »
Avant-scène

Que nous dit l’élection de Zohran Mamdani ?

New-York s’est choisi un maire de 34 ans, socialiste, enfant d’immigrés indiens, musulman, et propalestinien. Il a été élu avec 51 % des votants pour un taux de participation de 40,7 % des 5 millions d’électeurs new-yorkais. En 2021 son

Lire la suite »
Avant-scène

RN au pouvoir. Le pire est-il certain ?

Le 13ème rapport annuel sur les fractures françaises[1] a été publié après une enquête menée du 1er au 9 octobre auprès d’un échantillon de 3000 personnes. Elle s’est déroulée au moment des débats sur l’impasse du premier gouvernement Lecornu sur

Lire la suite »
Follow us on Social Media