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Cadeau

Le président de l’Azerbaïdjan, à l’occasion de la conférence sur le climat qui se tient chez lui (COP 29), a déclaré que le pétrole et le gaz, l’essentiel des ressources de son pays, constituent « un cadeau de Dieu ». Il serait malvenu selon lui de ne pas en profiter, et, a-t-il ajouté pour bien faire voir son altruisme, de ne pas aussi en faire profiter les autres « qui en ont besoin ».


Il est toujours facile de montrer que Dieu, en maints domaines, est objet d’instrumentalisation. On le fait intervenir quand on ne peut se justifier autrement, convaincre le contradicteur par des arguments rationnels. De la sorte, on lui ferme la bouche. Cela fut, hélas !, très fréquent tout au long de l’Histoire, où le recours à un dieu approbateur des pires conduites a pu cacher les pires exactions.


Maintenant, le problème que pose le « cadeau de Dieu » est le même que celui posé par la grâce que Dieu octroie gratuitement à son fidèle. Ce dernier la reçoit indépendamment de son mérite personnel. Et une fois reçue, il ne peut la perdre. Elle est, selon l’expression de Calvin, inamissible. Celui à qui est fait un tel cadeau peut alors bien faire les pires choses, le don dont il bénéficie ne peut être repris. Je pense aux « pécheurs justifiés » que j’ai mentionnés dans mon Petit lexique des hérésies chrétiennes (Albin Michel, 2005) : se sachant élus de Dieu, ils faisaient n’importe quoi.


Mutatis mutandis, le président azerbaïdjanais autocrate peut continuer à opprimer son peuple, il bénéficiera toujours, de la part de Dieu, du gaz et du pétrole. S’est-il demandé si sa politique obéissait bien au respect dû à la terre, pour expliquer et justifier ce cadeau ? Sinon, il est bien dans la position du « pécheur justifié ».


Cela mène aussi à voir le don divin discrétionnaire à la façon d’une Loterie, où le hasard prévaut. Je sais bien qu’on ne peut entrer dans les desseins de Dieu, « qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5/45). Autrement dit, il excède toute pensée, et peut donner sa chance à chacun. Mais tout de même, comment ne pas voir dans le « cadeau » qu’il nous fait alors une énigme mettant en échec la raison humaine ? Et dans cette même phrase évangélique que je viens de citer une totale indifférence de Dieu (ou du cours des choses) au mérite personnel, un aliment à l’absurde ?


Retrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)

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