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Services publics : Haro sur le baudet

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La crise économique endémique dans laquelle le désordre capitaliste libéral nous plonge ne saurait être amoindrie par ceux qui l’organisent, ni par ceux qui les servent. Néanmoins, le mal court et nombreux sont ceux qui en subissent les effets néfastes. Quand on ne peut plus – sans risquer de faire rire – évoquer sempiternellement les « lois du marché » comme un fait de nature, il faut bien trouver autre chose pour expliquer le malheur du temps. Nous serions dans la dèche à cause des services publics qui, pour résumer l’argument, coûtent trop cher et ne valent rien ! Sans compter qu’ils ne serviraient guère qu’à favoriser une classe parasite de fonctionnaires. Cette ritournelle fallacieuse est assez populaire. D’où tire-t-il sa force de séduction ?


Il est de tradition de se moquer des fonctionnaires que la littérature a souvent représentés comme des personnages paresseux, un peu veules, souvent roublards, cherchant à compenser leur insignifiance personnelle par des abus de pouvoirs mesquins exercés à l’encontre de plus faibles qu’eux. En outre, le fonctionnaire est le spécialiste du parapluie, car il n’est jamais responsable des conséquences de ses actes. Il est notable, cependant, que le fonctionnaire français n’est pas réputé être corrompu comme on le décrit dans d’autres traditions littéraires (comme, par exemple, Le Revizor de Gogol). Se moquer des fonctionnaires est une activité prisée, à en juger par l’abondance des sites internet où abondent toutes sortes de recueils de blagues d’un goût plus ou moins douteux.


Cette tradition populaire est volontiers entretenue par les journalistes, les experts autoproclamés de l’économie et de la chose publique et, bien entendu, les politiciens. On se souvient par exemple du Toujours plus de François de Closets (1984). Il avait fallu trois années de gauche (?) au pouvoir pour que la pamphlétaire, qui s’en était accommodée jusque-là, juge – comme l’écrit encore son éditeur1 – que la France est abominablement coupée en deux entre « le personnel douillettement installé dans les caisses d’épargne ou au Journal officiel et les travailleurs misérables du nettoyage ou de l’habillement ». Que de passion ne met-il pas pour dénoncer « les Français qui jouissent des plus hauts revenus, mais également ceux qui bénéficient de la sécurité de l’emploi, des rentes de situation, des privilèges fiscaux, des positions de monopole, du travail agréable, du temps libre, des protections renforcées, des promotions assurées, des avantages en nature, des statuts confortables et des primes généreuses ». Il associe ainsi les privilégiés du pouvoir et de la finance et les travailleurs qui, grâce à leurs luttes après celles de leurs parents, ont pu obtenir des droits sociaux élémentaires qu’il prétend stigmatiser en « privilèges ».

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