Que nous dit aujourd’hui le silence de Pie XII ?
En 2025, nous célébrerons le quatre-vingtième anniversaire de la découverte d’Auschwitz et des camps d’extermination nazis par les armées alliées. Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, à cause de son antijudaïsme traditionnel, dans un souci de neutralité diplomatique pour préserver son influence et protéger l’Église dans les pays à majorité catholique, la Curie romaine s’est tue dans l’espace public sur les persécutions nazies et, à partir de 1941, sur l’élimination des Juifs dans les pays conquis par l’Allemagne ou dans les pays satellites du Reich. Les archives du Vatican sur cette période sombre sont ouvertes depuis 2020. Les travaux des historiens montrent que le Vatican, le Pape en tête, était parfaitement informé, dans les détails, de la situation des Juifs dans l’Europe dominée par l’Allemagne. Le réseau diplomatique du Vatican, les prêtres en paroisse, les religieux et religieuses dans les établissements catholiques, les centaines de lettres d’appels au secours adressées chaque mois au Pape et les informations sourcées des alliés, notamment du gouvernement polonais en exil, documentaient en continu la réalité des humiliations, des massacres de masse des Juifs et des camps de la mort. Si quelques évêques et de nombreux prêtres et religieuses qui ont pour certains payé de leur vie leur engagement humaniste, ont sauvé l’honneur de l’Église, l’institution et sa hiérarchie sont passées à côté de ce qui apparaît être aujourd’hui avec la distance de l’histoire comme leur devoir moral.
Il y a exactement trente ans, de nombreux membres de l’Église du Rwanda furent impliqués dans les massacres planifiés à grande échelle du génocide rwandais qui fit huit-cent mille victimes en trois mois. Un tiers des prêtres rwandais et des évêques furent assassinés parce que Tutsi. Si le pape Jean Paul II ne s’est pas tu en dénonçant dès le mois de mai 1994 le génocide en cours, il fallut attendre 22 ans pour que l’Église catholique du Rwanda demande pardon. L’idéologie racialiste qui fut le terreau idéologique du génocide fut importée par les missionnaires belges. Comme pour le génocide des Juifs, le poids des représentations idéologiques de l’Église, sédimentées par l’histoire, explique ce que le journal Le Monde1 appela « le fardeau rwandais de Jean-Paul II ».
Le 23 septembre 2023, à Marseille, le Pape François s’était exprimé sans équivoque sur les trente mille noyés en Méditerranée depuis dix ans : « Les migrants n’envahissent pas, ils cherchent l’hospitalité », alors que nos États européens et la Commission européenne, tétanisés par l’idéologie raciste du grand remplacement et au nom de la « protection du mode de vie européen » (l’intitulé initial en 2019 du commissaire chargé des questions migratoires) mettent en place des dispositifs anti-migratoires mortels avec pour effet de tuer. Nos dirigeants et une bonne partie de la représentation nationale se taisent sur ces tragédies, voire les encouragent.
Le mercredi 22 novembre 2023, le pape François avait reçu séparément des membres des délégations israélienne et palestinienne et a assuré à chacune qu’elles étaient victimes du terrorisme mis en œuvre par leurs ennemis. Dans la préface du livre qu’il a publié en novembre dernier à l’occasion du Jubilé 20251, il écrit : « Selon certains experts, ce qui se passe à Gaza a les caractéristiques d’un génocide. » Pendant que le mot génocide, chargé du poids de l’histoire, est utilisé par la Cour internationale de justice pour qualifier la situation des Palestiniens de Gaza et les actes du gouvernement israélien, des responsables politiques, les médias mainstream, des intellectuels de plateau télé qui nous enjoignaient à l’empathie pour Israël après les massacres du 7 octobre, se taisent et ne trouvent toujours pas les mots pour dénoncer la situation en Cisjordanie et à Gaza où, depuis plus d’un an, près de cinquante mille civils, voire quatre fois plus, ont trouvé la mort sous les bombardements israéliens.
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