De nombreux rapports alertent sur la santé mentale des jeunes – et même des très jeunes. Pour une part, certaines de ces difficultés aux différentes expressions sont imputables aux altérations des relations entraînées par la crise du Covid. Cependant, il est rare qu’une seule cause puisse entraîner des effets si nombreux et si divers. Un point attire l’attention : les difficultés des adolescentes semblent plus fréquentes et graves que celles des adolescents. Dès lors, on peut être fondé à rechercher les causes qui provoquent une telle différence. Les attentes sociales, les modèles de sociabilité, les processus d’identification concernant les adolescentes sont assez sensiblement différents de ceux qui concernent les adolescents. Cela témoigne sans aucun doute, parmi tant d’autres faits, de l’actualité du « malaise dans la civilisation » qui nous étreint et semble devoir s’accroître.
La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees)1 et de nombreux autres observateurs travaillant dans l’éducation ou la santé, notamment, mettent en évidence des comportements et des difficultés qui attestent d’une dégradation de la santé mentale des moins de 25 ans. Le problème n’est pas spécifique à la France. « Une récente enquête “Eurobaromètre” sur la santé mentale (octobre 2023) a mis en évidence la nécessité d’agir en la matière. Elle montre que 46 % des Européens ont rencontré un problème émotionnel ou psychosocial, tel qu’un sentiment de dépression ou d’anxiété, au cours des douze derniers mois. Une personne sur deux souffrant d’un problème de santé mentale n’a pas consulté un professionnel pour se faire aider. Déjà avant la pandémie de COVID-19, une personne sur six dans l’UE souffrait de problèmes de santé mentale. »2 On voit que la pandémie n’est pas le seul facteur en cause dans les difficultés relatives à la santé mentale des Européens. Par contre, le Covid a accru la détérioration de la santé mentale en général et mis en échec les réponses (accompagnements, soins) nécessaires. « Le rapport “Panorama de la santé” de 2022 a montré que près d’un jeune Européen sur deux fait état de besoins non satisfaits en matière de soins de santé mentale et que la proportion de jeunes signalant des symptômes de dépression a plus que doublé dans plusieurs pays de l’UE pendant la pandémie. » 3
La Commission européenne indique dans le même document qu’elle s’est saisie de cette question et envisage une « approche globale de la santé mentale, axée sur la prévention et multipartite ». Elle fonde cette approche sur le fait que « la santé mentale est intimement liée à de nombreux domaines d’action, tels que l’emploi, l’éducation, la recherche, la numérisation, l’urbanisme, la culture, l’environnement et le climat. Cette approche transsectorielle vise à mettre la santé physique et la santé mentale sur un pied d’égalité ». Ces derniers mots indiquent combien il est encore très difficile, dans les pays de l’UE qui comptent parmi les plus riches et surtout les plus instruits du monde, de considérer que la santé mentale mérite une attention égale à celle de la santé physique. En serait-on encore à subir le poids des représentations scientistes du XIXe siècle qui supposaient que ce que la dissection, le microscope ou l’analyse chimique ne mettaient pas en évidence n’existait pas ?
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