Année C. 3ème Dimanche du TO, Lc 4, 14-21 (allongé à 15-30)
Le découpage liturgique, qui prive les lecteurs de la fin de l’histoire, a été repris pour la compréhension du passage. « Alors que ce texte est fondamental pour comprendre l’enseignement de Jésus. »
Jésus bien accueilli par les siens, … tant qu’il n’a pas parlé !
« 15. Et lui-même enseigne dans leurs synagogues, lui à propos duquel tous ont une opinion. 16. Et il s’avance vers Nazareth, là où il a été vraiment nourri et il s’avance, selon sa coutume, dans le jour des shabbats, vers la synagogue, et il se lève pour faire changer de décision. 17. Et le Prophète Ésaïe lui est donné librement ; et ayant ouvert, il trouve l’endroit où il est écrit : 18. Le Souffle du Seigneur est sur moi, en vue de m’oindre pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; 19. il m’envoie au loin crier publiquement aux prisonniers une délivrance, et aux aveuglés un regard vers le haut ; renvoyer au loin, dans une relève du commandement, ceux qui sont totalement déchirés, et pour crier en public une année du Seigneur que l’on peut recevoir. 20. Et ayant plié le livre, et l’ayant rendu à l’homme de main, il s’arrête, et les yeux de tous, dans la synagogue, sont fixés sur lui. »1
Oui, les gens de Nazareth2 (les conservateurs en hébreu !) ouvrent la synagogue à l’enfant du village et lui permettent de commenter le passage d’Isaïe dont il voudrait bien parler. Le verbe grec signifie clairement que Jésus a choisi un passage qu’il recherchait, et non qu’il a lu ce qu’on lui demandait.
Nous allons voir qu’il n’est pas innocent ce passage quand on prend conscience de la contestation qu’il prône de la Loi de Moïse et de ses commandements comme d’autant d’obligations qui seraient imposées par Dieu lui-même aux hommes.
En effet les pauvres auxquels il annonce une bonne nouvelle, pourraient bien être les pauvres aux yeux de la Tora, ceux qui sont en marge, les mécréants… De même, les prisonniers sont-ils peut-être bien ceux qui sont coincés dans les liens des commandements à exécuter pour plaire à la divinité. Et les aveuglés ceux que la Loi du Contrat (ou Alliance) emprisonne dans un donnant donnant qui asservit les juifs de son époque au bon vouloir des Sacrificateurs. Assurément, ensuite, sont donc évoqués ceux qui sont totalement déchirés (par les commandements, toujours) par cette Loi de Moïse comme on peut nommer le prescriptif du judaïsme du Temple ou celui des Synagogues plus tard.
Ce texte qu’a choisi Jésus promet enfin à tous une « Année à Recevoir ! » Vous entendez bien : « Il ne s’agirait plus de mériter mais de recevoir ! » Recevoir un Don de Dieu ! C’est donc ainsi que Jésus voit les relations entre l’humanité et son Dieu. Là-dessus Jésus rend le livre, et nous allons voir la réaction de l’auditoire, réaction que nous masque le découpage liturgique3.
La réaction des conservateurs
« 21. Et il s’avance à leur dire : — C’est aujourd’hui même que cette écriture-là est vraiment pleine, à vos oreilles !
« 22. Et tous sont témoins face à lui, et sont stupéfaits à propos des paroles de gratuité qui sortent de sa bouche pour poursuivre le voyage commencé, et ils disent : — Il n’est pas le fils de Joseph, celui-ci ! »
Jésus affirme donc, de la manière la plus claire, que ce Don que Dieu nous fait de la Vie, un Don total, c’est à dire sans contrepartie, sans débit à porter sur le compte des humains, sans chantage à l’application des commandements de la Loi de Moïse… eh bien que ce Don est là, maintenant. Sans plus attendre.
Évidemment, les traductions courantes qui parlent des « Paroles de Grâce qui sortent de sa bouche… » nous masquent le fond du texte. Jésus n’est pas vu comme quelqu’un qui parle bien, mais comme un Rabbi qui parle de la Gratuité, ou de la Générosité de Dieu. C’est précisément pour cela que son auditoire de conservateurs est scandalisé et disent de lui que, s’il voit le Dieu d’Israël comme quelqu’un qui n’impose aucune pratique religieuse quelle qu’elle soit pour mériter ce Don que Dieu nous fait de la vraie Vie, alors il n’est pas juif, c’est à dire Fils de
Joseph, celui qui continue, celui qui est un juif qui respecte les us religieux. Tout Jésus est là, dans cet enseignement de la Générosité ou de la Gratuité du Don de Dieu, ce que ne peuvent accepter les Paganini du prescriptif ! Et puis pourquoi avoir fait tant d’efforts, respecté scrupuleusement tant de commandements à la mords-moi-l’œil, si tout est désormais gratuit ! Sortez-le ! C’est ce qu’ils vont faire, ainsi que Jésus le sent déjà venir.
Jésus sans illusions
« 23. Et il leur dit : — De toutes façons vous allez me dire cet exemple : “Médecin, prend soin de toi”, aussi grandes que soient les choses que nous t’avons entendu faire venir à la vie au milieu de Capharnaüm, fais-les ici, dans la terre de tes pères ! 24. Et il dit : — C’est sûr ! Je vous dis qu’aucun prophète n’est reçu dans la terre de ses pères. 25. À propos de la réalité, elles étaient nombreuses les veuves aux jours d’Élie en Israël, lorsque le ciel s’est fermé trois ans et six mois, de sorte qu’il y eut une grande famine sur toute la terre, 26. et Élie n’a pas été envoyé vers l’une d’elles, sinon à Sarepta de la Sidonie vers une femme veuve.
- Et ils étaient nombreux les lépreux en Israël aux jours d’Élisée le prophète, et aucun d’eux ne fut purifié, sinon Naaman, le Syrien. »
Retour de service donc, du maître qui rétorque à ceux qui se pensent les enfants chéris du judaïsme prescriptif ; Dieu fait bien appel à des étrangers, comme la veuve de Sarepta ou Naaman le général syrien pour transmettre ce qu’il a à faire savoir. Alors que vous vous considériez comme les purs du judaïsme ne doit vraiment pas beaucoup compter dans la relation qu’il forge avec l’humanité toute entière…
Et quand on en vient aux mains…
« 28. Et ils sont tous remplis de l’emportement de leur cœur, dans la synagogue en entendant ces choses-là. 29. Et s’étant levés, ils le chassent dehors, hors de la ville, et le font aller jusqu’à la hauteur de la montagne sur laquelle leur ville est bâtie, de façon à le précipiter de haut en bas.
- Alors, précisément, traversant au milieu d’eux, celui-ci poursuit le voyage commencé. »
Rassurez-vous, il n’y a pas de falaise ou de montagne4 à Nazareth. Ni aujourd’hui ni à l’époque de Jésus. Le mot qui est rendu par Hauteur5 signifie, aussi et surtout, l’orgueil, la fierté ou l’arrogance… ! du haut de leur arrogance, ils vont chasser ce maître d’un type nouveau, ce Rabbi qui prône le Don gratuit de la Vie que Dieu fait à l’homme.
Il traverse donc au milieu d’eux. Il a compris, il ne remettra pas les pieds à Nazareth.
Il les a compris, il a vu leur entêtement à ne pas gâcher en quelque sorte leur pratique passée par une orientation désormais nouvelle. Ils veulent amortir leur application des commandements qui dure depuis si longtemps déjà. Alors, se relancer dans quelque chose de nouveau… ? André Scheer, prospecteur laïc des textes de la Bible
1.La transcription est faite d’après le texte du Codex de Bèze (dont la source est des années 110 à 130, quasi contemporaine de l’écriture des Évangiles.
2.En hébreu Natzar signifie conserver, garder.
3.Je ne comprends pas comment ce découpage des textes est réalisé ! On n’a ainsi gardé, sans reprendre la suite à un autre moment de l’année liturgique, que la moitié du passage. On cite l’intervention de Jésus dans la synagogue, mais on ampute le passage d’une moitié de son contenu, si bien que l’on ne sait rien de la réaction de l’auditoire… Les responsables de ce découpage ont-ils compris le texte ? Je fais plus qu’en douter !
4.La montagne citée, qui n’existe pas, ne serait-elle pas une manière de parler de Nazareth comme une ville de conservateurs de la Loi de Moïse, avec ses commandements divins donnés sur la montagne, et écrits des doigts de Dieu sur les Tables de Pierre. Je le crois.
5.Il s’agit du mot grec ορφυς.