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Retour de Trump en 2025 : un christianisme toxique au pouvoir ?

Le 20 janvier 2025, Donald Trump prêtera serment pour un second mandat. Ce retour triomphal, perçu par plusieurs comme un coup de force politique, s’accompagne d’une montée en puissance du nationalisme chrétien conservateur, une idéologie mêlant foi religieuse rétrograde et projet politique patriotique. Si ce mouvement se réclame des valeurs chrétiennes, il soulève des inquiétudes quant à la séparation entre l’Église et l’État, pilier fondamental de la constitution étasunienne1 et de toute société démocratique.

 

Parmi les initiatives phares de cette nouvelle ère trumpiste figure le « Project 2025 », élaboré par la Heritage Foundation et soutenu par une centaine d’organisations conservatrices2. Ce plan sinistre vise à reconfigurer l’État fédéral en supprimant le département de l’Éducation, en restreignant les programmes de diversité et en durcissant les lois sur l’avortement pour aligner les politiques publiques sur des valeurs conservatrices d’inspiration biblique.

 

Ces propositions s’appuient en effet sur une lecture trop littérale de certains passages bibliques. Par exemple, les opposants à l’avortement invoquent souvent Jérémie 1, 5 : « Avant que je t’aie formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais. » Un argument scripturaire qui, bien que suffisant pour les chrétiens rétrogrades, est loin de faire l’unanimité dans le monde contemporain.

Une administration marquée par la foi

Les nominations effectuées par Trump pour composer son administration confirment cette orientation3. À des postes stratégiques, des figures comme Mike Huckabee, ancien gouverneur de l’Arkansas et pasteur baptiste, symbolisent la délétère alliance entre politique et religion. Selon Huckabee, restaurer la grandeur de l’Amérique passe par un retour aux principes bibliques.


Le rapprochement entre religion et politique suscite évidemment des critiques. Certains observateurs dénoncent avec raison une instrumentalisation de la foi pour imposer des politiques discriminatoires. On utilise la Bible pour justifier la haine et l’exclusion. Matthieu 23, 23, où Jésus reproche aux pharisiens de négliger « la justice, la miséricorde et la fidélité », résonne comme une mise en garde contre de telles dérives.

Les défis pour la démocratie américaine

Le nationalisme chrétien promu par l’administration Trump ne se limite pas à des slogans. Il remet en question des acquis fondamentaux, comme le Premier Amendement, garantissant la séparation entre l’Église et l’État. Les minorités religieuses, ethniques et sexuelles redoutent une marginalisation croissante, renforcée par des politiques excluantes.


Paradoxalement, ce mouvement semble oublier l’esprit d’accueil et de respect prôné par les Écritures. Lévitique 19, 34 appelle pourtant à aimer l’étranger « comme soi-même ». Or, cette vision universaliste est absente des discours nationalistes chrétiens, qui favorisent une approche xénophobe et identitaire.

Une lecture sélective des Écritures

Le nationalisme chrétien soulève une question incontournable : comment interpréter la Bible dans l’élaboration des politiques publiques ? Ce mouvement repose souvent sur une lecture littérale et ciblée de certains passages bibliques, utilisés pour légitimer des lois conservatrices ou des décisions politiques controversées. Cependant, cette approche simplifie et instrumentalise des textes anciens riches de nuances, négligeant souvent leur contexte historique, théologique et spirituel.


Des versets comme Exode 20, 13 (« Tu ne tueras point »), tiré des Dix Commandements, sont fréquemment picorés pour justifier l’opposition à l’avortement. Ce texte, fondamental pour la tradition judéo-chrétienne, évoque le respect de la vie, un principe universellement reconnu. Mais les nationalistes chrétiens en font une application exclusive, ignorants du contexte global de la Torah qui traite aussi des complexités des lois sur la guerre, la peine capitale ou la protection des plus vulnérables (Exode 21, 22-25). Une lecture plus nuancée montre que même ces textes prennent en compte des exceptions et des cas spécifiques.

 

À l’inverse, des passages comme Luc 6, 37 (« Ne jugez point, et vous ne serez point jugés ») mettent en lumière les valeurs de compassion, d’humilité et d’accueil, pourtant rarement mises en avant dans les discours politiques nationalistes. Ce verset rappelle que la foi chrétienne, dans son essence, appelle à la miséricorde et au respect mutuel, une posture qui semble souvent oubliée dans le zèle militant de certains mouvements conservateurs.

 

Cette tension entre justice et miséricorde traverse toute l’histoire chrétienne. Jésus lui-même, dans ses interactions, illustre cette dualité. Lorsqu’on lui présente une femme accusée d’adultère, selon Jean 8, 1-11, il proclame : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. » Cette réponse, à la fois ferme et miséricordieuse, met en garde contre une justice rigide dénuée de compassion. Pourtant, les courants nationalistes privilégient souvent une application stricte des textes, ignorant leur appel à l’amour et au pardon. De plus, les Écritures regorgent de textes qui critiquent ceux qui imposent des normes rigides tout en négligeant les besoins des opprimés. Matthieu 23, 23, par exemple, réprimande les pharisiens pour leur hypocrisie : « Vous payez la dîme sur la menthe, l’aneth et le cumin, et vous négligez les points les plus importants de la loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. » Ces passages rappellent que la foi ne peut être réduite à des règles dogmatiques, mais exige une attention constante aux personnes marginalisées et vulnérables.


En invoquant les Écritures pour justifier des politiques restrictives, le nationalisme chrétien reflète une vision partielle et idéologique de la Bible. Les choix de versets semblent souvent dictés par des considérations politiques ou culturelles, plutôt que par une réflexion théologique rigoureuse. Cette sélection arbitraire peut renforcer des clivages et exacerber les tensions sociales, détournant le christianisme de sa vocation première : promouvoir la justice, la paix et la réconciliation.


Il est essentiel de rappeler que la Bible, dans sa complexité, ne fournit pas un programme politique unifié. Ses récits, poèmes et enseignements invitent plutôt à une réflexion morale et spirituelle, laissant aux croyants la responsabilité d’interpréter ces textes à la lumière des défis contemporains. Ainsi, une application véritablement chrétienne des Écritures dans la sphère publique devrait inclure non seulement des appels à la justice, mais aussi un engagement radical pour la miséricorde, comme l’exprime Michée 6, 8 : « Ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. »

 

L’usage de la Bible dans les débats publics demande une prudence considérable. Réduire les Écritures à un outil de pouvoir risque non seulement de trahir leur message universel, mais aussi d’éloigner la foi de son rôle essentiel : éclairer et unir, plutôt que diviser et exclure.

L’avenir : réconciliation ou fracture ?

Face au retour de Donald Trump et à la montée du nationalisme chrétien conservateur, les États-Unis se trouvent à un carrefour historique, tiraillés entre la défense de leurs principes fondateurs et un repli identitaire qui réinterprète la Bible en instrument de pouvoir. La démocratie américaine, jadis bastion de la liberté religieuse et du pluralisme, semble vaciller sous le poids des divisions internes et des délires idéologiques et religieux.

 

Pourtant, l’histoire enseigne que les périodes de crise sont aussi des occasions de renouvellement. La Bible elle-même, utilisée à tort ou à raison comme guide moral par ce mouvement, regorge d’appels à l’humilité, à la justice et à la réconciliation. Ainsi, Michée 6, 8 interpelle : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. »


Le véritable défi pour les États-Unis ne réside pas dans le choix entre foi et laïcité, mais dans leur capacité à transcender les clivages idéologiques pour bâtir une société où chacun, quelle que soit sa croyance ou son identité, peut trouver sa place. Si la foi chrétienne invoquée dans les débats actuels veut être fidèle à son essence, elle devra cesser d’être un toxique outil de domination pour redevenir une source d’inspiration et d’amour. Les quatre prochaines années mettront à l’épreuve la capacité des Étasuniens à dépasser les faux prophètes et les solutions simplistes, pour renouer avec un idéal qui ne cherche pas à exclure, mais à rassembler. Comme le rappelle Jean 8, 32 : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Que cette liberté éclairée par la vérité guide la nation étasunienne vers un avenir fidèle à ses idéaux de justice et de compassion. François Doyon – en partenariat avec présenceInfo (source : https://presence-info.ca/article/idees/chronique-biblique/retour-de-trump-en-2025-un-christianisme-toxique-au-pouvoir/)

 

1.L’Establishment Clause interdit au gouvernement de favoriser ou d’établir une religion officielle, ce qui établit la base de la séparation Église-État. Des décisions historiques de la Cour suprême, comme Everson v. Board of Education (1947), ont interprété la clause d’établissement comme exigeant un « mur de séparation » entre l’Église et l’État, selon la formule célèbre de Thomas Jefferson.

2.https://www.lemonde.fr/international/article/2024/07/14/project-2025-la-revolution-conservatrice-qui-perturbe-la-marche-en-avant-de-donald-trump_6249702_3210.html?3.https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/13/donald-trump-effectue-une-serie-de-nominations-explosives-promesse-de-rupture-radicale_6391034_3210.html?

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