De qui se moque François Bayrou ? De lui-même ou de nous ? En prétendant que les retraites des fonctionnaires expliqueraient l’accroissement de la dette publique, l’allié de la première heure d’Emmanuel Macron ne fait ni plus ni moins que du trumpisme.
« Sur les plus de 1000 milliards de dette supplémentaire accumulés par notre pays ces dix dernières années, les retraites représentent 50 % de ce total », a déclaré François Bayrou au début de son discours de politique générale le 14janvier. François Bayrou ne joue pas franc-jeu sur les retraites. Alors qu’il était haut-commissaire au Plan ces dernières années, il était l’un des rares hommes politiques à parler des retraites sans reprendre les chiffres du Conseil d’orientation des retraites (COR), l’organisme institué pour produire un consensus sur la question. Non content de ne pas reprendre les statistiques officielles, il se complaisait à en faire la description totalement fantaisiste d’un système qui serait plombé par le trou béant des pensions des fonctionnaires. Devenu Premier ministre, il continue à répéter cette contre-vérité.
En pointant du doigt les retraites, François Bayrou recourt au procédé bien connu du pickpocket qui attire l’attention loin de son forfait. Tous les économistes et les commissions des finances de l’Assemblée nationale comme celle du Sénat montrent que l’accroissement de l’endettement, ces dernières années, est principalement dû à la réduction de 70milliards d’euros par an de recettes fiscales depuis l’accession à l’Élysée d’Emmanuel Macron et par l’accroissement, en parallèle, des aides aux entreprises à « près de 160milliards d’euros par an », soulignent Léo Malherbe et Léo Charles, membres des Economistes atterrés. Si une partie de l’ardoise provient de l’intervention de l’État à la suite des différentes crises économiques, « une grande partie de la dette actuelle résulte de choix politiques qui favorisent les plus riches au détriment de nos comptes publics », ajoutent-ils (Alternatives économiques, 14.01.25).
Depuis le perchoir de l’Assemblée, le successeur de Michel Barnier à Matignon a exposé son calcul, apparemment simple : l’État consacre 55milliards d’euros chaque année pour financer ses obligations en matière de retraite, ce qui concerne principalement le paiement des pensions des fonctionnaires. Sur dix ans, cela représente 550 milliards d’euros, soit la moitié de l’accroissement de la dette. CQFD ? François Bayrou « a repris une histoire qui a circulé il y a longtemps, selon laquelle le déficit du budget de l’État serait dû aux retraites…Ce n’est basé sur rien », tacle l’économiste Michaël Zemmour, enseignant-chercheur à l’université Lyon2 et chercheur associé au LIEPP de Sciences Po (Basta, 15.01.25). L’universitaire rétablit les calculs en rappelant que, selon les calculs du COR, la dette due au financement des retraites représenterait plutôt de l’ordre de 60 milliards d’euros pour les dix dernières années.
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