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Larmes

France 5 a rediffusé, dans la soirée du 21 mars dernier, et en hommage à son interprète principale récemment décédée, le film Rosetta, des frères Dardenne. Je l’avais beaucoup aimé lors de sa sortie, et j’ai eu la même impression en le revoyant.

C’est l’histoire d’un naufrage possible dans le désespoir, comme dans Mouchette de Bresson (d’après Bernanos), mais finalement avec la possibilité d’une rédemption, qu’on perçoit seulement dans la dernière séquence. En effet cette jeune fille qui était jusque là un bloc d’entêtement, d’agressivité et de révolte contre un destin hostile, dans un ultime plan et pour la première fois montre un visage baigné de larmes. Pleurant ainsi, on peut penser qu’elle est sur la voie de s’ouvrir à la vie, de s’abandonner à elle avec moins de révolte, avec confiance. Elle dénoue ce qui en elle l’empêchait d’avancer vraiment. On suppose alors qu’elle va pouvoir passer du remords inefficace et paralysant (elle a dénoncé un camarade pour prendre sa place), pour accéder au repentir. Elle connaîtra peut-être la téchouva hébraïque, ou la metanoïa chrétienne, toutes figures de la pénitence. Les croyants verront son changement comme un retour à Dieu. Je me contente d’y voir quant à moi un retour à soi, au fond de soi, aux forces vives de l’être. Transcendance divine dans le premier cas, vrai humanisme dans l’autre, le résultat est le même. C’est une régénération, une conversion spirituelle, un vrai baptême des larmes.

Au tympan de la Cathédrale de Maguelone, près de Montpellier, il y a une inscription qui m’a toujours frappé : Quidquid peccatur, lacrimarum fonte lavatur (Tous les péchés sont lavés par la fontaine des larmes). J’en ferais volontiers un mantra. C’est une histoire éternelle. Outre à Rosetta, je pense au dernier plan de La Strada de Fellini :  Zampanò, le bourreau de Gelsomina tout au long du film, pour la première fois s’effondre en sanglots sur la plage, après la mort de sa victime. Lui aussi connaît le baptême des larmes. Il pleure, donc il vit.

L’enfant prodigue évangélique ne prend la décision salvatrice d’aller vers son père qu’après être rentré en lui-même (Luc 15/17). Je crois qu’à son image, dans le monde chaotique et violent où nous sommes plongés, seuls peuvent nous aider et nous construire le retour sur soi ou à soi, et l’auto-examen. Ils sont gage de vraie vie. Mais qui encore en est capable ?Retrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)

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