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Loi

L’actuel président des États-Unis a déclaré : « Celui qui sauve son pays ne viole jamais la loi. » Et il vient de décider, à côté d’autres initiatives, une croisade contre les juges de son pays, qu’il estime lui être hostiles dans leur quasi-totalité. À cela le Financial Times vient de consacrer un dossier, titré : All-out assault on the law (Offensive généralisée contre la loi).

La phrase du président a des accents religieux. Il se voit comme un Sauveur, selon le schéma et le vocabulaire du scénario sotériologique chrétien. Et son affranchissement de la loi peut faire penser par exemple, et mutatis mutandis, à la démarche de saint Paul qui refusait, contre l’option du judaïsme, qu’elle pût procurer à l’homme un moyen de justification. Je pense aussi aux mouvements de ceux qu’on appelle en christianisme les Antinomistes (ou Ennemis de la loi), que j’ai relevés dans mon Petit lexique des hérésies chrétiennes (Albin Michel, 2005). Pour eux, rien n’était impur pour les consciences pures, les dispositions du cœur étaient l’essentiel, et réaliser cette situation valait absolution pour tout ce qu’ils se permettaient : en bien souvent, mais aussi parfois, hélas, en mal.

Je sais bien que le président n’entendrait pas grand-chose à ces rapprochements théologiques, le salut dans sa bouche n’étant qu’un slogan manipulateur, et la loi n’étant que ce qui s’oppose à ses caprices, ce qui fait obstacle à son narcissisme infantile. Sa croisade actuelle ne procède pas de la réflexion, mais n’obéit qu’à des motifs de vengeance personnelle. Comprendrait-il que la loi et les juges qui l’incarnent n’ont été instaurés que pour protéger la démocratie des fantaisies d’un autocrate, dont l’apparition est toujours possible comme on peut le voir actuellement ? J’ai insisté sur l’indépendance nécessaire du pouvoir législatif en démocratie dans mon article Illibéralisme (Golias Hebdo, n°859).

La loi n’est pas forcément source de coercition insupportable. Bien observée, elle mène à garantir les libertés individuelles, qui ne consistent pas pour chacun à faire tout ce dont il a envie (elle n’est pas la licence), mais à savoir se borner de façon à respecter la liberté de l’autre. Là est le pacte démocratique véritable : il vise à protéger les faibles contre la loi du plus fort, celle de la jungle où nous ramène l’entêtement du président.

Retrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)861

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