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Pèlerinage de Compostelle : les riches ont remplacé les pauvres

«Là où il y a eu un pèlerin, il y a un chemin» affirment régulièrement les initiés de Compostelle pour expliquer qu’il n’existe pas une route unique pour se rendre sur la tombe de l’apôtre Jacques en Espagne. Néanmoins, au fil des siècles de nombreux itinéraires sont devenus des incontournables de la marche vers Santiago et ces derniers réunissent la majorité des adeptes du chemin. Et là ou il y a de nombreux passants, il y a également, beaucoup d’argent.


Si les pauvres ont couvert la majorité des itinéraires jacquaires durant le Moyen-Age, depuis la fin du XXe siècle et le retour en grâce de la randonnée, ce sont des profils plus aisés qui s’élancent en direction de Saint-Jacques. Ce nouveau public en quête de sens et désormais sans obligation de faire pénitence a troqué la difficulté du passé contre des formules all inclusive qui frisent bien souvent le millier d’euros. Avec près de 300 000 pèlerins en France et en Espagne par an, les voies de Compostelle sont malheureusement devenues un énième haut-lieu du surtourisme. En effet, il n’est plus rare de slalomer entre les marcheurs pour se frayer un chemin et de devoir se presser afin de s’assurer un toit pour passer la nuit.


Cette population qui ne cesse de croître, des entrepreneurs peu scrupuleux n’ont pas mis longtemps à l’analyser et à vouloir en tirer profit, plus attirer par l’argent que par le souhait d’accueillir. Prix exorbitants, hygiène quelques fois douteuse et hospitalité qui laisse à désirer, les soirées sur Saint-Jacques peuvent parfois ternir l’ambiance que le marcheur ou pèlerin est venu chercher. Néanmoins, il serait malhonnête d’oublier que lorsqu’il y a une offre c’est qu’il existe bien souvent une demande. Malgré tout, « l’esprit du chemin » décrit par beaucoup comme étant celui de la simplicité, de la rencontre et de la réflexion semble vouloir continuer d’exister. De nombreux hospitaliers bénévoles et hébergeurs passionnés s’engagent chaque année pour conserver l’univers unique que propose Compostelle. Ces derniers essayent de lutter avec leurs moyens afin d’endiguer cette dynamique qui pour certain dénature l’identité du pèlerinage. Référencement des gîtes qui garantissent un bon accueil, interdiction des valises à roulettes transporté par la malle postale, toutes les mesures sont bonnes pour continuer de conserver l’authenticité du Camino.

Si ces irréductibles résistent encore c’est parce qu’ils ont conscience que Saint-Jacques ne doit pas être réduit à un simple itinéraire de grande randonnée. Ce chemin est un réel outil qui permet de se retrouver dans sa spiritualité et dans son lien avec l’humanité. En devenant des autoroutes à marcheurs jalonnés de stations dortoirs comment le citadin pressé sentira le calme nécessaire pour être à l’écoute de Dieu ? Comment la jeune cadre en pleine crise existentielle pourra-t-elle faire le bilan de ses jeunes années de carrière ? Comment l’amoureux blessé trouvera un réconfort à sa rupture ? Martin Gaboriau et Alexandre Bonne

2 réponses sur “Pèlerinage de Compostelle : les riches ont remplacé les pauvres”

  1. Merci de ce témoignage de ce que vous avez vécu. Regard pointu. Descriptions factuelles.
    Où peut on se procurer le récit complet (plus que les lignes ci-dessus et plus que l’article de Golias) ?
    Guillaume

  2. Les amis et connaissances que je côtoie, Qui ont parcouru, en groupes déjà, pour l’organisation, sont souvent retraités, issus de la population de moyenne à aisée.
    Il font le chemin uniquement dans le sens de la convivialité, la découverte et l’aventure, en plus de l’aspect challenge physique envers eux-mêmes.
    Il n’y a pas de connotation religieuse à part pour un groupe de 3, qui désiraient assister à l’office pour voir l’encensoir, à St Jacques.

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