Pour la première fois, l’avant-projet du rapport du COR a fuité dans la presse. Il proposait un nouveau report de l’âge de départ pour combler un déficit dépeint comme alarmant. En réalité, l’adoption du rapport final montre que la situation est toujours sous contrôle pour les 50 ans à venir.
« Reculer l’âge de départ à 66,5 ans, la proposition choc du COR pour sauver le système de retraite. » Le 6 juin dernier, à l’image du Figaro, toute la presse titre sur la version non définitive du prochain rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), qui pour la première fois à fuité. L’axe est simple : l’institution paritaire qui regroupe les syndicats, le patronat, des représentants de l’État et des universitaire, dont la fonction est de produire une vision consensuelle sur le système de retraites, appuyée sur les travaux les plus respectés, semble désormais mettre en avant la mesure très contestée du recul de l’âge de départ à la retraite. La raison en serait le creusement du déficit des caisses délivrant les pensions. « EXCLUSIF – Le dernier rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR) rappelle que le déficit du système continuera de s’aggraver, sauf si des mesures de redressement sont prises pour équilibrer les comptes. » (Le Figaro, 06.06.25) « Retraites : le déficit du régime va se creuser dans les prochaines années, selon le nouveau rapport du COR », s’inquiète ainsi France info (06.06.25). Après des années de surplus, le système de retraites passerait dans le rouge. Le besoin de financement non couvert par les cotisations pourrait atteindre 0,2 point de PIB en 2030 et 1,4 point de PIB en 2070, selon le document qui a fuité du COR. Face à cette situation, l’institution passe en revue « leviers mobilisables pour équilibrer le système de retraite ». Il s’agit de « la modération de la progression des pensions », « la hausse des contributions retraites des salariés », « la hausse des contributions retraites des employeurs ».
Mais les auteurs de la fuite ont bien pris soin de préciser que ces mesures n’avaient pas leurs faveurs, estimant qu’elles seraient « récessives » ; lui préférant le « recul de l’âge de départ à la retraite » : à 64,3 ans en 2030, 65,9 ans en 2045 et 66,5 ans en 2070, comme l’ont repris en chœur les différents titres de presse. Cette mesure aboutirait, selon le document qui a fuité, « à augmenter l’offre de travail et donc à terme l’emploi et le PIB, et en conséquence toutes les recettes fiscales et sociales des administrations publiques au-delà des seuls prélèvements finançant les retraites ».
Cette fuite a fait beaucoup parler d’elle du côté des syndicats. Ne serait-ce que parce qu’elle met en avant une mesure qui a depuis longtemps les faveurs de l’exécutif et du patronat, mais pas celles des organisations de représentation des salariés, comme le souligne Alternatives économiques (13.06.25) : « Les 198 pages de la pré-version du rapport semblent avoir été livrées à la presse avec en prime des éléments de langage très en phase avec les convictions de son président, l’économiste libéral Gilbert Cette, ex-président du groupe d’experts sur le Smic », qui a été nommé par l’exécutif parce que le précédent président, issu du monde syndical, avait rappelé que les travaux du COR montraient qu’il y avait d’autres réformes possibles que celle voulue par Emmanuel Macron et Élisabeth Borne, finalement imposée par 49-3.
« Le COR est un organisme indépendant, longtemps loué pour sa capacité à définir un diagnostic partagé. Mais avec cette fuite, il a rompu avec la neutralité qui le caractérisait jusque-là. » Le document diffusé le 6 juin n’est pas le rapport final. En effet, ce dernier devait être adopté par les 42 membres du COR, six jours plus tard, lors de la traditionnelle séance plénière, après modifications pour que la décision soit prise à l’unanimité comme le veulent les statuts de l’institution. « Je ne comprends pas que l’on puisse dire que le COR préconise ceci ou cela. Jamais le COR ne préconise quoi que ce soit », regrette Anne Lavigne, économiste spécialiste de la protection sociale qui a fait partie de l’institution jusqu’en 2022 (Alternatives économiques,13.06.25).
La fuite est opportunément intervenue alors que syndicats et patronat négocient au sein du « conclave » voulu par François Bayrou pour se mettre d’accord sur des aménagements à la réforme d’Emmanuel Macron de 2023 ; lui évitant ainsi que le Parti socialiste se joigne à une motion de censure. Les négociateurs étaient dans la toute dernière ligne droite, la fin était censée avoir lieu le 17 juin, avant qu’une session supplémentaire soit ajoutée le 23 juin.
Les discussions étaient très tendues, alors que Force ouvrière et la CGT ont rapidement claqué la porte, laissant le Medef et la CFDT s’opposer. Le patronat refuse depuis le début de revenir sur l’âge de départ à la retraite à 64 ans, alors que les syndicats continuent de réclamer sa remise en cause. Dans cette configuration, la fuite vient conforter la position défendue par l’exécutif et le Medef : impossible de remettre en cause la réforme de 2023 sinon le système de retraite sombre, il faudrait même continuer à repousser l’âge de départ. Même si l’origine de la fuite n’est pas connue, Denis Gravouil, en charge des retraites à la CGT, a rapidement mis en cause le président du COR (Ouest-France, 07.06.25) : « Je pense que Gilbert Cette devrait démissionner de son poste de président. (…) Ce n’est pas au président du COR donc on connaît la proximité avec Emmanuel Macron de préempter une solution (…). Il a failli en n’étant pas respectueux des opinions diverses et en transformant le COR en un instrument politique au service d’une minorité, qui a été battue dans les urnes en 2024. Cela évite le débat de fond sur comment il faudrait financer les retraites.»
En effet, il y a d’autres solutions que le report de l’âge de départ à la retraite pour faire face aux besoins de financement des pensions à venir. Mais d’abord, les syndicats ont gommé en séance plénière, le 12 juin, tout jugement de valeur et toute hiérarchie dans les commentaires entre les différents scénarios. Une mesure qui s’imposait, ne serait-ce parce que personne ne connaît vraiment les effets économiques du report de l’âge sur l’emploi et donc sur le niveau de cotisations supplémentaires. « Les modèles macro (…) estiment qu’une augmentation très significative de la main-d’œuvre, si elle peut faire augmenter l’emploi, fait également augmenter le chômage, au moins à court terme », notait sur son blog Michaël Zemmour, économiste spécialiste de la protection sociale (Politiques de l’État social, 20.02.25).
Il ressort également du rapport adopté en plénière qu’il n’y a pas lieu à nourrir des discours alarmistes. En 2024, les dépenses du système de retraite ont représenté 13,9 % du PIB, soit 407 milliards d’euros. Les projections du COR établissent qu’elles ne devraient augmenter que « très légèrement » d’ici 2070, pour représenter à cette date 14,2 % du PIB. Ces mêmes projections voient passer le besoin de financement non couvert de 0,2 point de PIB en 2030, environ 6,6 milliards d’euros, à 1,4 point de PIB quarante ans plus tard. Le premier point à retenir est la faiblesse du montant qu’il suffit de trouver. Pour Denis Gravouil, à la CGT, les pistes ne manquent pas. Il s’interroge sur les exemptions de cotisations attribuées aux primes Macron et aux différents dispositifs d’intéressement.
« En 2022, ces exemptions atteignaient 2 milliards d’euros. En 2024, c’est 4 milliards d’euros qui n’entrent pas dans les caisses », tonne-t-il avant d’indiquer où va sa préférence (Alternatives économiques,13.06.25) : « Augmenter très légèrement de 0,15 point les cotisations des salariés sur dix ans, ça se discute. Mais pour l’instant, tout est balayé, au profit du maintien à 64 ans. » Les solutions sont d’autant moins compliquées que le COR ne prévoit pas de dérapage des dépenses, par afflux de retraités, mais pointe plutôt le manque de recettes : les recettes des caisses de retraite ont représentés 13,9 % du PIB en 2024, mais devraient reculer de 0,1 point en 2030 et même de 1,1 point en 2070. A ces deux échéances, la baisse des recettes représentera respectivement la moitié et les deux tiers du besoin de financement non couvert. Pas de quoi repousser l’âge de départ. Pierre Lagnel





Une réponse sur “Sales embrouilles autour du rapport du COR”
Si c’est maintenu a 64 ans, ce DOIT ËTRE pour TOUT LE MONDE
Plus aucun régime spécial, plus aucun, hein, les resquilleurs, de l’État !
Et que tout ce petit monde cotise sur la base du salaire brut.
Plus de pensions, versées par NICOLAS, au vu des derniers 6 mois !!!
Ça, ça fera gagner des points.
Là, au moins, les syndicats montreront qu’ils en ont dans la culotte !!!
Un gus qui travaille dans le bâtiment, par tous les temps, 39h par semaine et plus, depuis ses 17 ans, n’a pas à nourrir ces tricheurs.
Je connais …