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Synodalité : une nouvelle manière de faire église ensemble

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La publication, le 26 octobre 2024, du rapport de la seconde Assemblée synodale s’est faite dans la plus totale indifférence. Il est vrai qu’il aura fallu plusieurs jours pour qu’on dispose, enfin, d’une traduction « provisoire », du texte en Français. Mais c’est surtout l’absence de toute décision spectaculaire qui a contribué à cette invisibilité. Rien concernant les sujets qui, depuis des lustres, nourrissent débats et commentaires bien au-delà du seul microcosme catholique : obligation du célibat sacerdotal, ordination d’hommes mariés, accès des femmes au diaconat, révision de la morale sexuelle catholique… Les medias n’ont eu à se mettre sous la dent que l’annonce, faite par le pape François, qu’il ne publierait pas d’exhortation apostolique post synodale, contrairement à la tradition, et que ce document final devait être reçu comme engageant le Magistère sur le sujet. Décision, certes d’importance, mais qui n’est perceptible que dans quelques milieux d’Eglise bien informés, que ce soit pour s’en réjouir, en prendre simplement acte, ou y voir une nouvelle démission pontificale.


Disons les choses franchement : même parmi les catholiques les plus bienveillants à l’égard du pape François et de sa dynamique synodale, c‘est la déception qui domine. Et le sentiment que si la « conversation dans l’Esprit » a, de fait, laissé une trace profonde chez les participants et permis l’expression d’une « communion » sous forme de votes à plus de 80 % voire 90 % des voix, les décisions prises représentent en réalité un plus petit commun dénominateur. Beaucoup ont en mémoire les derniers mots du document préparatoire à la phase de consultation du synode, à l’automne 2021, reprenant les propos du pape François lors du synode de 2018 où il invitait la jeunesse à : « Faire germer des rêves, susciter des prophéties et des visions, faire fleurir des espérances, stimuler la confiance, bander les blessures, tisser des relations, ressusciter une aube d’espérance, apprendre l’un de l’autre, et créer un imaginaire positif qui illumine les esprits, réchauffe les cœurs, redonne des forces aux mains. » En matière de rêve… on pouvait mieux faire !
En réalité l’essentiel de cette déception, outre des hiatus de communication difficilement compréhensibles, porte sur une incompréhension soulignée à plusieurs reprises par divers responsables du processus synodale : le synode sur la synodalité visait moins à trancher sur des questions en débat qu’à définir la manière dont, à l’avenir, seront prises les décisions qui concernent l’avenir de l’Eglise, et à quel échelon de l’institution : Eglises locales (diocèses), Eglises continentales, Eglise universelle. L’enjeu est certes fondamental mais il a échappé a beaucoup. Et lui-même divise, faisant craindre à certains qu’à force de décentralisation et d’adaptation de la pastorale aux réalités, on finisse par menacer l’autorité du pape, l’unité de l’Eglise et l’intégrité de la foi.


D’autres, parmi ceux que l’on qualifie parfois de « chrétiens critiques » ont choisi d’y voir confirmation de leur crainte : la montagne ne pouvait accoucher que d’une souris. Et pour une raison essentielle : le pape prétend combattre le cléricalisme comme « abus de pouvoir » de la part des clercs, alors que sa source résiderait ailleurs : dans l’existence même d’une séparation clercs-laïcs dont on cherche vainement la justification dans les Evangiles. Mais on peut à ce stade formuler la question : est-il bien raisonnable d’imaginer qu’un synode même élargi à l’ensemble du peuple de Dieu soit à même de revenir sur cette constitution hiérarchique de l’Eglise ? Et s’agissant de l’absence de toute décision sur les attentes mentionnées plus haut – célibat sacerdotal, ordination d’hommes mariés, diaconat féminin… qui continuent malgré tout de diviser le peuple croyant, à quoi aurait bien pu servir une décision autoritaire, « cléricale » du pape, au risque d’une désobéissance généralisée » voire de divisions supplémentaires ?


Or retrouve ici, comme dans notre vie politique nationale, la tentation de certains à considérer que la gravité de la situation exige la radicalité dans les décisions, mais une radicalité souvent antagoniste. Ce qui débouche sur une délégitimation de toute recherche de compromis ou ici de « communion ». Le pragmatisme de François, penseront certains, n’est-il pas finalement plus réaliste qu’une révolution fantasmée ? La question est essentielle. Le paradoxe serait que les « chrétiens d’ouverture » se mettent à bouder, comme insuffisante, la mise en œuvre même modeste, du processus synodal proposé par le pape François et aujourd’hui assumé par son successeur Léon XIV, rejoignant en cela une autre radicalité venant de ceux qui ne veulent entendre parler d’aucune réforme de ce genre. Ce serait assurément le meilleur signal donné à la hiérarchie catholique pour marginaliser définitivement dans le champ ecclésial cette sensibilité catholique devenue minoritaire. René Poujol

2 réponses sur “Synodalité : une nouvelle manière de faire église ensemble”

  1. Il y a cette montagne qui accouche régulièrement d’une souris, et dont l’altitude baisse de jour en jour…
    Et il y a la mer, énorme, qui monte, puissante, porteuse de l’histoire de la vie depuis le début des temps.
    La foi est en nous, pas dans une organisation, même appelée Église, qui n’a été adoubée par AUCUNE Parole Sainte, elle se l’est tout simplement appropriée dans le flou du développement de la chrétienté
    Et ce, dans un but purement temporel, relisez l’histoire des premiers siècles et l’usurpation de sa primauté
    lle n’est RIEN, sauf la valeur qu’on veut bien lui donner.
    L’EKKLESIA grecque, des premiers siècles, c’est NOUS, pas eux !
    Je ne reviendrai pas sur tous leurs crimes.

  2. Le groupe décisionnaire de l’Église ne détient pas, parce qu’il se l’est attribué autoritairement, la signification du Message.
    C’est une imposture, tout simplement.
    Il est donc, de fait illégitime en tout

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