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Rony Brauman : l’éveilleur d’un monde en crise

L’été dernier, Golias Hebdo avait réalisé un entretien avec l’impeccable président de Médecins du Monde, Jean-François Corty, dans lequel il donnait son analyse de la situation à Gaza et dans les autres territoires palestiniens, la Cisjordanie et Jérusalem-Est où de véritables escadrons de la mort constitués de colons fanatisés commettent là aussi des atrocités contre la population civile, sous la protection de l’armée israélienne.
Le président de Médecins du Monde avait également commenté une étude publiée par la revue médicale de référence The Lancet qui estimait qu’il n’était « pas invraisemblable d’estimer que jusqu’à 186 000 décès, voire plus, pourraient être attribués au conflit actuel dans la bande de Gaza » ; le terme conflit étant néanmoins impropre quand il s’agit d’une population civile privée de tout, soumise à un blocus, à des bombardements incessants et cruels et des opérations militaires menées par l’une des plus puissante armée au monde et dont de nombreux témoignages montrent que les appelés se conduisent comme de vulgaires « colonnes infernales » tuant tout ce qui se présente dans leur ligne de mire et ravageant tout sur le territoire, écoles, hôpitaux, cimetières, infrastructures acheminant l’eau potable et jusqu’aux tentes des réfugiés et aux arbres comme la moindre zone de maraîchage. L’évaluation de The Lancet incluait une estimation des décès indirects liés à la destruction de toute vie collective organisée et aux privations de tout ordres, si toutefois aucune « épidémie ni escalade » militaire n’avait lieu.


L’été dernier déjà, la communauté médicale s’exprimant à travers The Lancet exigeait « un cessez-le-feu immédiat et urgent dans la bande de Gaza », le considérant comme « essentiel, accompagné de mesures permettant la distribution de fournitures médicales, de nourriture, d’eau potable et d’autres ressources pour les besoins humains de base ». On ne peut que constater que rien de ce qu’exige le droit international concernant l’emploi de la force, ni rien de ce que le droit international humanitaire nécessite n’a été mis en œuvre par Israël ; pire encore, les pays occidentaux – et les Etats-Unis au premier chef – n’ont pas rempli leur obligation de faire respecter le droit international alors que Tel-Aviv a ignoré les mesures conservatoires demandées par la Cours internationale de justice pour prévenir tout risque de génocide et que son Premier ministre, Benjamin Netanyahou, est sous le coup d’un mandat d’arrêt du Tribunal pénal international pour le crime contre l’humanité d’extermination… Il faut ajouter que la France n’a pas échappé à ce naufrage, que ce soit dans les poursuites entamées contre les manifestations pacifiques de solidarité envers les Palestiniens ou la poursuite de livraisons de composants servant à l’armée israélienne en infraction avec toutes les règles internationales.


Un an après, tout ceci n’est que plus urgent, comme le constate Rony Brauman, l’ancien président de Médecins sans frontières, qui nous a accordé un entretien où il pointe les urgences, les crimes et encourage la société civile à prendre parti. Un an après, Israël a bombardé en toute impunité le Liban, la Syrie et l’Iran. Après 12 jours de guerre, l’Iran, Israël et les États-Unis ont tous revendiqué la victoire. Ce qui est sûr, c’est que Tel-Aviv a dû recourir à l’aide américaine et de nombreux citoyens israéliens ont expérimenté ce qu’ils n’avait jamais connu auparavant : des frappes aériennes sur leurs maisons et leurs villes, et pas seulement des roquettes provenant de la frontière. Toujours est-il que cette opération de diversion destinée à masquer le génocide à Gaza n’a fonctionné qu’un temps. Et au moment où Israël semble se diriger vers l’hégémonie régionale, le pays est vu « à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la région » comme « un état à la fois vulnérable et génocidaire » et semble « de moins en moins acceptable dans la région », selon Daniel Levy, un ancien négociateur de paix pour le gouvernement israélien (Middle-East Eye, 27.06.25). Pierre Lagnel

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