Son origine et sa genèse sont parfois étranges et imprévues, mais invitant toujours à la réflexion. Ainsi j’ai regardé sur Arte l’émission La Haine blanche, diffusée dans la soirée du mardi 8 juin, et consacrée aux différents groupes, répandus de par le monde, de terroristes suprématistes blancs. Dans le volet Mercenaires, soldats et vétérans, un ancien soldat américain de la guerre en Irak, aujourd’hui repenti, a avoué ce qui l’a poussé naguère à embrasser l’idéologie terroriste. C’est le fait que l’entrée des USA dans cette guerre s’est avérée reposer sur un mensonge d’état : l’affirmation que l’Irak était doté d’armes de destruction massive.
L’ayant appris, ce vétéran a été amené à ne plus croire, en tout sujet qui se présentait à lui, aux versions officielles, la confiance qu’il leur faisait jusque là ayant été détruite. Et il s’est mis à adhérer, par contraste, aux versions et vérités « alternatives » : il a embrassé les visions complotistes. Par exemple l’attentat du 11 septembre 2001 a été pour lui une mise en scène de la CIA, etc. C’est donc ici un mensonge qui en appelé d’autres. On comprend la dérive : les allégations officielles, tout en se donnant comme vérités, étant finalement des fake news, pourquoi se gêner pour croire à d’autres fake news, dans un monde où désormais toutes les opinions sont soutenables ? Le complotisme du vétéran, comme celui de bien d’autres (terroristes compris), ne sont que le backlash, le retour de bâton du mensonge officiel.
Les États devraient s’interroger sur la diffusion et la contagion possibles des mensonges qu’ils profèrent pour servir leurs intentions. Car ce faisant, ils accréditent le scepticisme des citoyens, et le déferlement de toutes les opinions, sans garantie de vérification, avec le déluge de violence qu’elles peuvent autoriser. Il ne faut pas commencer par leur donner ainsi de mauvais exemple.
Et surtout quand on tient un double langage. Je pense à Taxi Driver, film de Martin Scorcese (1976), sur les ravages causés par la propagande officielle sur l’esprit d’un ancien soldat de la guerre du Vietnam. Il souligne l’hypocrisie qui consiste à faire un héros en temps de guerre de celui qui en temps de paix serait un criminel. Comment s’étonner ensuite qu’on veuille dénoncer l’imposture qui nous cache cette hypocrisie, et sur fond de nihilisme basculer dans l’hyper-violence ? Retrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)