J’ai regardé sur Arte, dans la soirée du 15 juillet dernier, l’émission en 3 volets Les Évangéliques à la conquête du monde. Le titre du 3e volet était une citation de l’évangile de Jean (11/35) : « Jésus pleura ». Et j’ai trouvé cette épigraphe fort bien appropriée à l’ensemble de l’émission.
En effet dans les deux premiers volets l’évangélisme a été présenté comme un mouvement triomphaliste, signifié par l’adhésion de tous les néo-convertis à Jésus, définitivement rachetés et devenus désormais chrétiens nés de nouveau (born again christians). Mais cette orientation elle même et le salut qui en résulte n’ont jamais été mis en doute. Ce mouvement ignore tout type d’interrogation sur ce qu’il affirme : la rédemption toujours assurée pour le fidèle qui y croit. Il reprend même par là une caractéristique de l’idéologie états-unienne : comme quiconque est fier finalement d’être reconnu dans son bon droit, il se situe du côté des vainqueurs, et condamne les losers. On connaît dans la même mouvance l’Évangile de la prospérité, où la réussite dans la vie signifie que l’on est élu de Dieu, et vaut absolution en tous les cas, et quoi qu’on entreprenne.
À cette vision dépourvue de doute, on peut opposer la belle phrase de l’Évangile : « J’ai foi. Viens en aide à mon manque de foi. » (Marc 9/24) Une foi sans hésitation est-elle encore humaine ? Et aussi, comme la vision des croyants évangéliques ne montre guère de compassion vis-à-vis de l’humanité souffrante, on peut lui objecter la figure de Jésus en train de pleurer. Dans le texte johannique Jésus pleure à l’occasion de la mort de Lazare, mais on peut extrapoler à d’autres situations, et voir en lui une sensibilité, donc une humanité, d’autant plus remarquables que par ailleurs il est celui des 4 évangiles qui a la plus haute stature, la plus proche du divin (christologie haute).
Les larmes sont toujours une ouverture compréhensive aux souffrances, à cette empathie qui est sans doute la meilleure part du christianisme (voir mon article Larmes, Golias Hebdo, 10/04/2025). Sans doute c’est leur oubli dans le mouvement évangélique qui peut expliquer son évolution finale et caricaturale en suprématisme blanc, qu’on voyait bien dans l’émission – au rebours total de ce qui est essentiel en christianisme : le secours à apporter aux humiliés. Et c’est ce qui explique sa condamnation par des chrétiens plus sensibles. Retrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)