Face aux massacres en cours à Gaza depuis dix-huit mois, les évêques français sont jusque-là restés dans un silence assourdissant. Au mois de mars dernier, Laurent Baudoin (administrateur des Amis de Sabeel France et du Groupe d’amitié islamo-chrétienne, responsable du groupe Gaza à la paroisse Saint-Merry Hors-les-Murs de Paris) interpellait d’ailleurs Éric de Moulins-Beaufort, alors président de la Conférence des évêques, à ce sujet, puisque l’Église de France n’a jamais pris position clairement et publiquement pour dénoncer à haute voix la situation au Proche-Orient. Entraînant les prêtres et communautés religieuses dans ce silence que dénonce avec courage Marianne Christiansen, évêque luthérienne danoise. Cette dernière rend les Églises d’Occident complices, par leur silence, du sort réservé aux Palestiniens et du fait qu’il n’y aura bientôt plus de chrétiens en Terre sainte : « Les chrétiens disparaissent non pas à cause de leurs compatriotes musulmans, mais à cause de l’occupation, de l’oppression et de la situation économique désespérée. » Les Palestiniens chrétiens sont doublement déçus par les Églises occidentales, dit-elle, « parce que la plupart des Palestiniens entendent des chrétiens évangéliques étrangers soutenir ouvertement l’aile droite israélienne, les colons et la guerre contre le peuple de Gaza. En même temps, ils n’entendent aucune protestation des « vieilles » Églises. Ils doivent donc penser que c’est ça le christianisme. » Seul l’évêque d’Amiens, Gérard Le Stang, s’était distingué clairement le 23 mai 2025 en déclarant : « Le Hamas n’est pas une association d’enfants de chœur, mais ça ne justifie pas ces crimes contre l’humanité commis à Gaza. (…) On ne peut pas se taire, c’est un scandale, un crime, je ne sais pas si c’est un génocide, mais c’est lamentable. »
Du 16 au 20 août 2025, la direction de l’épiscopat français s’est rendue pour plusieurs jours en Israël et dans les Territoires palestiniens. Dans un communiqué publié en amont le 10 août, la Conférence épiscopale a manifesté son soutien « non seulement aux communautés chrétiennes mais aussi à tous les amis de la paix, quelles que soient leurs convictions ou leurs religions, dans une période extrêmement douloureuse et incertaine, marquée par la redoutable tragédie humanitaire à Gaza et l’interminable attente de la libération des otages israéliens ». Une visite annoncée depuis plusieurs mois qui résonne pour beaucoup comme une initiative tardive. On se souvient notamment que le 26 juillet dernier, des militantes pro-palestiniennes avaient mené une action pacifique dans l’église de la Madeleine, à Paris, pour dénoncer le « génocide en cours à Gaza » et tenter de réveiller des catholiques français endormis. De son côté, le responsable du collectif P.A.I.X, Olivier Perret, estime que « le respect de la vie » défendu par les évêques sur d’autres sujets devrait s’exprimer « beaucoup plus quand il s’agit de la mort de dizaines de milliers de Gazaouis ». En effet, en mai 2025, les responsables des cultes chrétiens en France avaient appelé timidement à la paix « en Israël, à Gaza et en Cisjordanie » et plaidé pour « le respect du droit international, notamment humanitaire ». Espérons que ce « pèlerinage » estival soit un tournant dans le positionnement des évêques français car toutes les voix comptent pour faire cesser les massacres en cours. Alexandre Ballario




