L’acte de mémoire : un engagement en humanité
L’exercice de la mémoire et l’appel à « faire mémoire » s’avèrent déterminants, à plus d’un titre, pour que nous puissions élaborer, écrire et transmettre notre histoire humaine, de générations en générations… Et ainsi ne jamais oublier. La mémoire est en effet le point d’ancrage et la condition de l’espoir : en nous souvenons, nous nommons celles et ceux qui habitent notre mémoire et nous ouvrons le chemin d’un devenir qui s’est fermé dans l’acte de mort de l’homme sur l’autre et de l’homme sur l’humanité : un acte qui nous hante puisque nous sommes, depuis le premier fils d’homme, capable de tuer le frère. Se souvenir, c’est rouvrir un horizon qui demeure, pour chaque génération, source d’inquiétude et d’interrogation, de risque et de confiance : un au-delà de la peur.
Cela dit, l’exercice de mémoire pourra paraître d’emblée paradoxal, en tant qu’il mêle, à l’instant même où nous nous efforçons à l’acte mémoriel, la douleur et la foi : oser croire à demain quand hier demeure en nous comme une blessure ouverte.
Douleur indicible du jeune adolescent qui porte sur ses épaules le corps mort de son jeune frère, au lendemain du bombardement nucléaire d’Hiroshima… douleur ineffable des générations de ce siècle… douleur de la terre et douleur de la conscience dont la meurtrissure reste ouverte et béante… Violence de l’homme contre l’homme et plaie intime d’une humanité qui souffre, au-delà du temps qui passe.
Cela est sans doute vrai de la mémoire de tous nos drames, personnels et communautaires : nos guerres, nos malheurs et nos deuils. La meurtrissure reste ouverte et nous comprenons, avec le temps, que rien ne saurait effacer en nous cette trace du désir de mort, à jamais lié à notre soif de vie. Cela est plus vrai encore quand nous faisons l’anamnèse de ces actes terribles que furent les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki. Aucun acte de violence, à l’exception des camps d’extermination nazi, ne peut être comparé à cette décision et à cet acte : décider et acter la mort de l’autre et partant de notre humanité.
Et voilà bien le paradoxe de notre réflexion aujourd’hui : pouvons-nous vraiment faire mémoire de l’innommable : le projet, la décision et la mise en acte de mettre fin à un conflit dit « mondial » en annihilant notre communauté humaine, symbolisée pour toujours par le nom de ces deux villes : Hiroshima et Nagasaki ? Notre capacité même de faire mémoire semble s’épuiser face à l’acte de mort, pensé, programmé et accompli…
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