En marge du procès Becciu (ou plutôt « procès de l’immeuble de Londres » car il implique neuf accusés), se profile le problème que soulève le sort fait à Libero Milone. Les deux causes sont traitées séparément par la justice du Vatican, et par les organes d’information, mais relèvent du même problème de fond. Ce qui est en cause apparaît plus clairement avec Milone que dans le cadre d’un procès dont il a été démontré qu’il était faussé de diverses manières, et qu’il avait été parasité par l’intervention incroyable de Francesca Chaouqui et Geneviève Ciferri faisant d’un accusé potentiel, Alberto Perlasca, le principal témoin à charge contre Becciu1. Du procès en appel, Becciu a maintenant quelque chance d’éviter le déshonneur de la prison. Milone, lui, met en cause les mœurs financières du Vatican et le comportement de membres influents de la curie. Ce qui n’exclut pas Becciu.
En 2015, Libero Milone avait été nommé adjoint au cardinal Pell que le pape François avait chargé de réformer de fond en comble les finances du Vatican. Son expérience au plus haut niveau du cabinet international d’audit financier Deloitte le qualifiait pour une mission qui l’autorisait à auditer les finances et la gestion de tous les dicastères, avec « une autorité et une indépendance totales », et ne relevant que du pape. À la Secrétairerie d’État, qui jouissait d’une indépendance confinant à l’usage discrétionnaire de sommes énormes, il va rencontrer les plus fortes résistances : là se trouve au poste clé le cardinal Angelo Becciu, substitut de la Secrétairerie d’État, nᵒ 3 du Vatican, chargé des affaires générales, notamment financières. Nous avons décrit les traitements indignes que Libero Milone va subir en raison d’une connivence entre Becciu et le commandant de la gendarmerie, Domenico Giani : son ordinateur piraté, accusation d’espionnage, obligation de démissionner sous la menace d’une arrestation immédiate2. Il avait en réalité découvert un grand nombre d’irrégularités financières et des actes relevant de la corruption concernant des personnes de haut niveau dans la hiérarchie du Vatican. Autrement dit, il considérait qu’il avait seulement fait son travail. Ces faits remontent à 2017, donc avant que soit révélée l’affaire de l’immeuble de Londres.
La demande de Milone rejetée en appel
Avec son adjoint Ferruccio Panicco, décédé depuis, Libero Milone avait intenté à la Secrétairerie d’État un procès pour licenciement abusif, procès perdu que nous avions relaté3 et contre lequel il a fait appel. La Cour a rejeté son appel, le 23 juillet. Le demandeur considère que Becciu étant membre de la Secrétairerie d’État, il agissait en tant que tel, et donc qu’elle était responsable de ses faits et gestes, tandis que la Cour qui suit l’argumentaire de la défense considère que Becciu a agi dans ce cas à titre personnel. Les avocats de Milone avaient remis à la Cour une abondante documentation montrant le type de découvertes que l’audit avait permises. Mais le tribunal a refusé la moitié de ces documents au motif… qu’ils pouvaient nuire à la bonne réputation de personnes qui ne sont pas parties au procès. Tiens donc ! L’avocat principal des plaignants a démissionné, considérant que le tribunal n’était pas impartial. Le 24 juillet, Milone faisait savoir qu’il ne renonçait pas et poursuivrait en cassation. Il ne devrait pas se faire trop d’illusions de ce côté-là, il se dit en effet que le pape François, quand il a renouvelé la Cour de cassation, a nommé des personnes sans compétence en matière de droit, et même de droit canonique. Mais gageons que Milone n’est pas un grand naïf.
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