Ce néologisme désigne un système de valeurs faisant de la personne dite « valide » la norme sociale, d’où les jugements dévalorisants à l’encontre des personnes vivant un handicap. On emploie aussi le mot de capacitisme. Les deux mots sont la traduction du terme anglais ableism. (Source : Wikipédia)
Ce mot est significatif d’une société qui devient de plus en plus brutale, valorisant réussite, record ou performance. On maintient à l’écart celui dont on pense que son incapacité l’empêche de vivre normalement, et de s’insérer convenablement dans la société. Le résultat est la ségrégation ou l’apartheid de fait des personnes différentes, et le refus de leur inclusion. Cela peut aller jusqu’à l’eugénisme.
Pourtant d’abord il n’est pas sûr qu’un handicap soit définitif et irréversible, et doive essentialiser celui qui le porte, ce que souligne bien chez nous le choix de l’expression « personne en situation de handicap ». Ensuite, si c’est le cas, qui dit qu’il ne puisse être compensé à force de désir de s’insérer dans la « normalité » ?
Ainsi j’ai lu dans la presse qu’une amputée des quatre membres après un paludisme a décidé de gravir, début juillet dernier, le mont Fuji au Japon. Appareillée, une photo la montre s’entraînant pour cet exploit (Source : ouest-France.fr, 30/06/2025)
En réalité c’est notre regard et notre peur qui condamnent ceux qui sont différents de nous. Le texte évangélique dit bien que ce qui est impur n’est pas ce qui entre en nous, mais ce qui sort de nous (Marc 7/15). C’est le cas de la façon de regarder. Combien de fois un « handicapé » s’est-il senti humilié par la façon dont on le considère ! Ou bien simplement par la façon de détourner le regard en le voyant ! C’est le contraire de la vraie empathie, car on ne se met pas à la place de quelqu’un pour sympathiser avec lui et lui venir en aide, mais parce qu’on imagine, de façon totalement égocentrique, ce qu’il en serait de soi si l’on était dans la même situation que lui.
En vérité le vrai amour est transformateur. Si repoussant que nous semble l’autre, il faut d’abord l’aimer pour qu’il devienne aimable, comme il se voit dans le conte La Belle et la Bête. Ce qui nous fait peur n’attend pour changer à nos yeux que nous lui accordions notre intérêt. C’est ce qu’oublie précisément l’impitoyable et méprisant validisme, posture vraiment moderne à cet égard, uniquement repliée sur soi. Retrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)