25ème dimanche du Temps Ordinaire — Année C
L’écrit n’est pas de Paul, mais d’un disciple parlant en son nom à la fin du Ier siècle quelque 60 ans après la mort de Jésus, 30 ans après celle de Paul. La communauté visée par ses conseils est installée dans l’Empire romain. Elle en adopte les règles communes, en décalage profond avec la société qui est la notre quant au statut de la femme, l’esclavage en cours, le patriarcat, le conformisme etc. Le salut dans ce contexte serait dans l’accommodement au monde tel qu’il est et une spiritualité tournée vers Dieu notre sauveur et la grâce médiatrice du Christ Jésus, avec comme objectif « la béatitude éternelle » selon les dédicaces de notre jeune curé, à chaque défunt.
« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité ». Les croyants auxquels l’apôtre s’adresse sont invités à prier : « J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes. » « Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute. »
C’est, somme toute, le rond rond d’une paroisse classique, telle que nous pouvons les connaitre autour de nous. Sont-elles attirantes ? Sommes-nous « sauvés » pour nos familles, nos voisins, tous les hommes et femmes autour de nous. Sauvés de quoi ? Différences entre paroissien et voisinage en général. Quelle réalité pratique de nos paroisses aujourd’hui ? De jeunes prêtres souvent venus d’ailleurs viennent assurer la sauvegarde d’un système. Le livre Jours sombres en Église de Xavier Puren me revient : les faits dont il témoigne dans une paroisse du diocèse de Vannes qui est aussi le mien, sont vécus par nombre d’entre nous, préférant aller ailleurs. Il interroge par une citation de Simon Pierre Arnold, moine théologien cistercien d’origine belge : «Tout croyant est d’abord un sauvé. Mais que signifie aujourd’hui ce jargon un peu abscons, pour une culture qui se désintéresse des fins dernières, et investit toutes ses énergies dans la construction d’harmonies successives ? » « Si les chrétiens avaient l’air un peu plus sauvé ! » ironisait déjà Nietzche. « La joie, solide et grave, du croyant (non pas la légèreté infantile de tant d’attitudes religieuses) est le signe par excellence du Salut. »
Un sauvé qui ne saurait être béat, qui oblige à sortir de ses zones de confort. La Première Lecture s’en prend aux pratiques frauduleuses écrasant les pauvres. Le psaume célèbre le Juste : « De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, parmi les princes de son peuple. » L’Évangile nous place devant une parabole mystérieuse dont il tire ce constat « Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »
Plus loin dans l’Épitre à Timothée, le croyant fait dire à Paul : « Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. […] La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre. Mais toi, homme de Dieu, fuis tout cela ; recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. » (1 Tm 6,8-11) Sauvé au présent ? Dans le conformisme ? L’absence de critiques ? Jésus de Nazareth ne s’est il pas opposé au « monde » de son temps ? Comment vivre la tension des choix de sauvetage ? Jean Doussal




