Beaucoup renvoient dédaigneusement Camus à de la philosophie pour classes terminales. Il doit détenir le record de citations sur les réseaux sociaux où une pensée par procuration pose son petit moraliste bien-pensant, et par les politiques en mal de profondeur intellectuelle. Le 8 septembre dernier, lors de la question de confiance au Premier ministre, Gabriel Attal citait Camus dans le journal Combat en 1948 : « Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison. » : Ce jour-là à la tribune de l’Assemblée nationale, c’était l’hôpital qui étouffait la charité… Écoutons plutôt celles et ceux qui n’instrumentalisent pas la pensée de Camus mais la servent.
« Il est impossible de christianiser Camus », affirme Véronique Albanel dans son livre Le Christ d’Albert Camus[1]. Elle montre pourtant que la référence au Christ est l’un des fils conducteurs de toute l’œuvre de Camus. C’est ce paradoxe qu’elle nous montre et qu’elle tente de comprendre. Au-delà d’une herméneutique chrétienne de l’œuvre de Camus, passionnante et documentée, elle nous expose surtout les raisons qui nous permettent encore d’espérer avec lui la possibilité d’un avenir émancipateur pour l’humanité. Et cela au risque de le faire contre Camus qui disait qu’il fallait désapprendre à l’homme d’espérer, lui apprendre à se contenter du monde réel et à « entrer d’un pas ferme dans l’enfer du présent », parce que la condition humaine relève « d’une conversation avec un mur ». « Il faut choisir entre le Christ et le tueur », cette formule que Camus prononce lors d’une conférence de 1946 et que Véronique Albanel cite vientd’un philosophe qui n’était ni athée, ni agnostique, mais simplement incroyant, dont la conviction était fondée sur l’absence de Dieu dans le monde. Prenons cet aphorisme comme une des clefs de lecture qu’elle propose pour ouvrir un chemin d’espérance devant ce que Camus appelait déjà dans les années cinquante les tragédies du monde. Elles continuent de se dérouler aujourd’hui sous nos yeux : un génocide en cours en Palestine, l’Europe orientale menacée par l’impérialisme russe, le maccarthysme de retour aux États-Unis, les guerres sans fin au Soudan et au Yémen, des théocraties brutales et des féminicides en Afghanistan et en Iran, une immense dictature digitale en Chine et la déstabilisation profonde du Sahel.
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