Dans Dilexi te, sa toute première exhortation apostolique, le pape Léon XIV recommande aux catholiques du monde entier « de ne pas baisser la garde face à la pauvreté ». Il les enjoint de « continuer à dénoncer la dictature d’une économie qui tue » et les encourage à multiplier les « gestes de proximité et d’accueil » envers les personnes migrantes.
Parue le jeudi 9 octobre 2025, l’exhortation Dilexi te (traduction : « Je t’ai aimé ») compte 121 paragraphes. Le pape y a apposé sa signature cinq jours plus tôt, le 4 octobre, le jour où le calendrier liturgique catholique commémore saint François d’Assise.
Au début de son exhortation, le pape Léon explique que son prédécesseur, le pape François, travaillait à une suite de son encyclique Dilexit nos (traduction : « Il nous a aimés »), un texte publié six mois avant son décès. Dans ce nouveau document, il voulait réfléchir à « l’attention de l’Église envers les pauvres et avec les pauvres ». Son hospitalisation puis son décès le 21 avril 2025 l’ont empêché de compléter la rédaction de cette exhortation apostolique.
« Ayant reçu en héritage ce projet, je suis heureux de le faire mien et de le proposer au début de mon pontificat », confie aujourd’hui le pape Léon XIV, indiquant néanmoins qu’il a ajouté « quelques réflexions » au document inachevé.
Une bonne partie de Dilexi te entend montrer que le souci des pauvres fait partie de l’histoire de l’Église catholique depuis 2000 ans. Le pape donne notamment l’exemple de saint Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople entre le IVe et le Ve siècle. Il le qualifie de « prédicateur le plus ardent de la justice sociale ». Dans une de ses homélies, cet archevêque avait exigé que les fidèles « reconnaissent le Christ dans les nécessiteux ». « Veux-tu honorer le corps du Christ ? », avait-il demandé à l’assemblée. Alors, « ne le méprise pas lorsqu’il est nu et, pendant qu’ici tu l’honores par des étoffes de soie, ne le méprise pas à l’extérieur en le laissant souffrir le froid et la nudité ».
Richesses excessives
Le pape Léon XIV rappelle aussi que saint Jean Chrysostome, à son époque, dénonçait « avec véhémence le luxe excessif coexistant avec l’indifférence envers les pauvres ».
Encore aujourd’hui, écrit le pape, « l’attention qui est due [aux pauvres], plus qu’une simple exigence sociale, est une condition du salut, ce qui confère à la richesse injuste un poids condamnable ». Dans Dilexi te, il s’empresse de décrier « certaines élites riches qui vivent dans une bulle de conditions très confortables et luxueuses, presque dans un autre monde par rapport aux gens ordinaires ».
Pour le pape, il est donc « nécessaire de continuer à dénoncer la dictature d’une économie qui tue » et de reconnaître qu’« alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette minorité heureuse ».
La pauvreté a divers visages
Le pape Léon note aussi que la pauvreté emprunte aujourd’hui de multiples visages. Il y a la pauvreté de « ceux qui n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins matériels, la pauvreté de ceux qui sont socialement marginalisés et n’ont pas les moyens d’exprimer leur dignité et leurs potentialités ». Il y a aussi la « pauvreté morale et spirituelle, la pauvreté culturelle, celle de ceux qui se trouvent dans une situation de faiblesse ou de fragilité personnelle ou sociale». Enfin, il y a la « pauvreté de ceux qui n’ont pas de droits, pas de place, pas de liberté ».
Dans un autre paragraphe de son exhortation apostolique, il déplore aussi le fait qu’aujourd’hui «des millions de personnes – enfants, hommes et femmes de tout âge – sont privées de liberté et contraintes à vivre dans des conditions assimilables à celles de l’esclavage».
« La condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques», affirme le pape. Mais le cri des pauvres interpelle, « enfin et surtout, l’Église », admet-il.
Il assure les catholiques que « sur le visage meurtri des pauvres, nous voyons imprimée la souffrance des innocents et, par conséquent, la souffrance même du Christ ».
Les migrants
Plusieurs paragraphes du document pontifical publié aujourd’hui traitent des migrants et de leur accueil. Le pape Léon XIV rappelle, que pour son prédécesseur, « la réponse au défi posé par les migrations contemporaines peut se résumer en quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer ».
Ces verbes « expriment la mission de l’Église envers tous les habitants des périphéries existentielles qui doivent être accueillis, protégés, promus et intégrés ».
Sans faire référence aux États-Unis ni aux politiques anti-migratoires qui ont cours dans ce pays où il est né, le pape accorde son appui aux évêques, aux religieux et aux laïcs qui œuvrent dans des « centres d’accueil pour les réfugiés et les missions frontalières » ou encore « dans les périphéries urbaines, dans les zones de conflit et sur les routes migratoires ».
« L’Église, comme une mère, marche avec ceux qui marchent », affirme-t-il. « Là où le monde voit des menaces, l’Église voit des fils ; là où l’on construit des murs, elle construit des ponts. Elle sait que son annonce de l’Évangile est crédible seulement lorsqu’elle se traduit en gestes de proximité et d’accueil. » « Dans tout migrant rejeté, [c’est] le Christ lui-même [qui] frappe à la porte de la communauté », affirme le pape Léon. Le samedi 4 octobre, le jour où il apposé sa signature au bas de son exhortation apostolique Dilexi te, Léon XIV a acheminé une longue lettre au réseau Catholic Charities, une organisation caritative américaine qui regroupe 168 agences diocésaines qui fournissent des services de première nécessité, notamment aux personnes réfugiées et migrantes.
En aidant « les personnes déplacées à trouver un nouveau foyer dans votre pays, vous agissez également comme des bâtisseurs de ponts entre les nations, les cultures et les peuples », a déclaré le pape au personnel de ces agences. Il leur a répété que les migrants qui se pressent à la frontière des États-Unis ou qui sont menacés de déportation « ont une dignité humaine intrinsèque » et qu’ils ont le droit de « participer pleinement à la vie communautaire » de leur pays d’accueil. François Gloutnay – en partenariat avec Présence-info (https://presence-info.ca/article/actualite/religion/dilexi-te-attention-aux-pauvres-et-justice-sociale/)




