Lors d’un rassemblement en mémoire de l’assassinat de l’influenceur Charlie Kirk, Donald Trump l’a qualifié de « martyr », et il appelé à un « retour de Dieu » dans nos sociétés. Quant à la veuve de Charlie Kirk, elle a cité une des dernières paroles du Christ en croix, à l’adresse de ses bourreaux : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23/34). Puis elle s’est effondrée en larmes, et on préfère mettre cela au compte de l’émotion plutôt qu’au regret de devoir dire ces paroles pour la forme et à contrecœur.
Mais Donald Trump, à l’inverse, a bien pris soin de dire que lui, il ne pardonne pas à ses ennemis : « Je les hais. Je ne leur souhaite pas le meilleur. » Là les masques sont tombés, et on a bien vu que le « retour de Dieu » qu’il souhaite n’est qu’une manipulation ou une instrumentalisation du christianisme.
Ce dernier dans son essence est fondamentalement paradoxal. Le pardon donné aux ennemis n’est pas un réflexe naturel. Bien plus compréhensible est la loi du talion, qui organise et systématise la vengeance. La parole de Jésus, elle, indique une autre voie. Elle est peut-être inspirée par l’héritage socratique : « Nul n’est méchant volontairement », ou : « Il vaut mieux subir l’injustice que la commettre ». Bien sûr elle est difficile à mettre en pratique. Mais son mérite est d’indiquer un horizon. Sans elle, la violence appelle la violence, dans une spirale sans fin.
C’est pourtant à cela que s’en tient Donald Trump. En parlant ainsi, l’ancien animateur de télévision a voulu mettre les spectateurs de son côté. « Vous voyez, comme moi, vous ne vous laissez pas marcher sur les pieds ». Mais au fond ce discours démagogique est propre à légitimer et à faire se déchaîner la violence. Et s’imaginer qu’il a quelque chose de chrétien est une escroquerie.
Exactement comme les paroles incroyablement xénophobes qu’il a récemment tenues à l’ONU, pour critiquer l’accueil que fait l’Europe aux étrangers. Que ne s’est-il souvenu (si même il la connaît) de la parabole du « Bon Samaritain » ?
Ce n’est pas la première fois qu’on utilise la religion pour la faire servir à des fins bassement politiques. Je ne sais qui s’y laisse prendre, et sans doute un grand nombre. Mais c’est bien le cas ici de distinguer les lèvres et le cœur, comme dit, après le prophète Isaïe, l’évangéliste : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Marc 7/6). Retrouvez Michel Théron et ses ouvrages sur ses blogs : www.michel-theron.fr (général) et www.michel-theron.eu (artistique)